La dernière et la plus belle !

Etape 4 Concarneau – Dieppe

Tout en étant incertaine et instable, la tendance météo semblait assez claire le jour du départ. Nous allions pouvoir faire durer le plaisir avec 36 premières heures de course dans une belle pétole ce qui nous promettait une progression lente le long des côtes bretonnes. Enfin la sortie du chenal du Four nous permettrait de nous extraire de ce désert pour retrouver des vent plus favorables au large. Et tout cela pour finir dans un vent bien établi et arriver rapidement sur Dieppe.

Autant dire que le briefing a un peu duré et les précisions de Francis sur les possibilités d’adaptation du parcours ont rapidement levé des soupçons… Après quelques échanges tendus, Francis nous a finalement assuré qu’à partir du moment où les prévisions permettaient de finir à peu près dans les temps il n’y aurait pas de modification sur l’eau. Point final, nous quittons la salle pour faire route au bateau et quitter une dernière fois le port de Concarneau.19221710_10156321816692729_7806079592408088868_o

Arrivée sur le bateau, et alors que mes concurrents quittent doucement le ponton, il me reste deux travaux à réaliser avec d’être enfin en configuration course : mettre la girouette et échanger le diabolo du stick. Je ne remercie qu’à moitié Ulysse qui a failli me faire descendre le mât en express 😉 , mais un grand merci à Ronan qui a changé ce diabolo en dix minutes chrono et avec un certain acharnement sur les pièces récalcitrantes.

Sur ce, je reprends mes esprits direction la baie de port la forêt pour le départ.

Le vent peine à rentrer, nous nous contenterons de quelques bouffes pour lancer un premier départ légèrement poussif… les skippers ont déjà les crocs et cela donnera un beau rappel général.

Ca relance, le second départ est le bon et est bien favorable à gauche au point que les premiers qui virent à la bouée passent largement devant la flotte en bâbord. De ce bon côté, je prends mon temps pour être dégagée avant de virer de bord. Jusqu’à la bouée de dégagement nous avançons encore à des vitesses raisonnables, mais plus nous nous approchons des Glénans et plus le vent faibli, faibli, faibli…  C’est parti pour une longue longue longue fin de journée. Attentif au moindre marquage de souffle sur l’eau, nous passons notre temps le nez au fond du bateau pour surveiller d’éventuelles algues dans la quille ou bien à virevolter de l’arrière bâbord à l’arrière tribord du bateau pour jouer de la canne à algues dans les safrans.

Sur ce même bord, les spis commencent à fleurir dans un vent erratique. Nous enroulons la jaune des Glénans avec un clin d’œil à Alexis Courcoux qui barbote dans l’eau. Certains affalent, moi je décide de garder le spi… cela annonçant la suite du programme. Au fur et à mesure les spis retombent, les génois se creusent et les bateaux… n’accélèrent pas. La flotte s’éclate légèrement, mais rien de dramatique, impossible de s’enfuir avec des vents aussi faibles.

La nuit tombe, le ballet des algues continue, au-dessus de 3 nœuds les spis montent, en-dessous ils redescendent, quant à la direction, elle s’avère relativement changeante.

La vraie bonne galère commence aux alentours de minuit 30… Une heure pour passer cap caval à moins d’un nœud de vitesse sur le fond, à vrai dire je ne suis pas très pressée car je vois que les autres grapinent devant. Je prépare mon mouillage sur le pont prête à faire de même une fois à l’abri du courant près des cailloux. Je n’en aurait pas l’occasion pour mon plus grand bonheur.cap caval

Etape 2, le passage de la pointe de Penmarch et plus précisément de la tourelle de Men-Hir. A ce moment-là je rejoins le bon paquet de cinq bateaux devant moi, Beyou lâche quelques injures pendant que je prends un coup de stress. Je passe proche de la tour, et derrière on entend gentiment la houle déferler sur les cailloux à fleur d’eau… ambiance…men hir

20 mètres plus loin, je me prends un casier dans les safrans, le bateau ralenti et s’oriente gentiment… vers ces mêmes cailloux. Je bondis à l’arrière avec le couteau, demande conseil à Xavier qui est à mon vent. Il me conseille la canne à algue, ça marche, ouf !! je reprends ma route à renfort de grands coups de barre et paf un second. Canne à algues, il se dégage, les cailloux sont là juste sous mon vent mais ça passe.

Dans le même temps Xavier s’en prend aussi mais fini par repartir également… Pilote, réglages, reprise de souffle. La nuit ne fait que commencer et il nous reste encore 24 heures de pétole. Je suis bien positionnée, j’avance pas mal, je bosse dure la nuit.

Au petit matin, je m’accorde ma première sieste, fatale. En mode vent apparent, deux paquets d’algues dans les safrans et la trajectoire du bateau devient catastrophique. Je me réveille avec une très belle perte sur mes concurrents (relative la perte).

Je reprends une route correcte et je bosse pour préparer la traversée du raz de sein jusqu’à la chaussée, les premiers luttent contre le courant, il y a moyen de jouer un bon coup. Ma trajectoire est plutôt bien et me permet de repasser ce bon paquet avec Jérémie, Tanguy, Damien Cloarec… Satisfaite, j’enroule la bouée direction Basse Royale au sud du chenal du Four. Le vent qui s’était un peu levé fini par retomber juste avant la bouée, je la passe au ralenti derrière Damien Guillou, direction les cailloux pour aller chercher la renverse de courant. Je suis dans le bon timing car ceux de derrière vont devoir lutter pour passer cette bouée. Je recolle un peu, j’envoie le spi une fois le courant portant un peu, trop tôt, j’affale. Je trouve un réglage de ouf qui me permet d’aller à Mac 12 et de retrouver le paquet de Juju, Antho, Nico Lulu, Gildas Mahé et j’en passe juste avant le phare du Four. Bien lancée je me faufile entre les bateaux sur mon erre et passe devant. Grosse satisfaction à la nuit tombante.

La route vers la grande basse de portsall n’est pas très agréable, dans une belle houle difficile de garder le bon cap quand le vent est limite insuffisant mais on se concentre et on avance doucement mais surement. Yann ELIES pousse un peu derrière puis Nico et Martin LEPAPE. Jenvoie mon spi juste devant ce dernier et je parviens à rester devant dans les deux gybe pour contourner la bouée.19388543_10156328594267729_6971704424063618623_o

Pendant la nuit, je glisse sous ce paquet, aux côtés de champion (Alexis Loison) et dans l’axe de Nico. Au matin les spis sont de nouveau rangés puis renvoyés. Le vent remolli ; tourne, on vire quand on pense que le vent a basculé… Le vent revient, les spis ressortent. Ca accélère, tout le groupe démarre vitesse grand V vers Wolfrock. Brume puis Brouillard, la nouveauté de la course. On ne voit pas à 15 mètres autour de bateau les concurrents disparaissent et le vent devient variable à changeant ; toujours présent mais il faut rester concentré. Je ressors du brouillard Wolfrock en vue, Nico Lulu au vent devant, Antho sous le vent, les 2 Damien légèrement au-dessus et derrière.19400468_10156333500797729_8283328840851781118_o

Les claques à 20 noeuds ne nous facilitent pas la tâche à Antho et moi pour passer le phare, GV en drapeau, pattaras bien pris et tout le matos au vent.19390588_10156334222502729_6018211946254458661_o

Enfin nous passons, nous empannons et c’est du portant un peu rapide… Vent plus stabilisé = la sieste enfin !!! Pendant longtemps ça yoyotte,un coup au vent, un coup sous le vent, les places changent légèrement mais tout le monde se tient à peu près.

Pour aborder Owers deux options se dessinent : le large, et aller chercher le courant à la Pointe Sainte Catherine de l’île de Wight. Comme devant il y a un peu d’écart et que je pense pouvoir bénéficier d’une rotation de vent en arrivant par le large, je parie sur la seconde option. Alors certes les angles sont très ouverts sur les deux bords à la sortie de l’île, mais ce sont ceux qui sont allés jouer le courant qui passent devant… Rrrr.19400537_10156339403347729_2822282115520119217_o

Ils ne sont pas si loin, il reste moins d’une journée avant d’arriver, Antho et Adrien sont juste de vant moi, je m’accroche à eux comme une sangsue.

Owers, Reeching tombée de la nuit. Je me cale tranquillement à l’arrière bâbord d’Antho, juste de quoi avoir l’étrave et les vagues à l’avant éclairées par son feu de mât. Je passe la nuit à barrer et régler. Il y aura sans doute du spi à la fin car le courant nous décalera au-dessus de la bouée. Je prépare tranquillement le grand spi devant, il y a alors une vingtaine de noeuds et l’ordi commence à hésiter entre spi et génois. Antho ralenti un peu, je passe dessous et devant. Je le vois quelques minutes plus tard aller bosser à l’avant, le moment de l’envoi approche. Il envoie, j’hésite un peu, le vent est encore fort et ça semble serré. Je lance mon moteur pour la dernière charge et j’envoie le grand.

C’est serré, le vent molli pas, c’est un peu la guerre. Nous sommes sous la route et il faut remonter… Bizarrement Antho y parvient mieux que moi et me distance. Je redouble d’efforts, je galère avec la tablette qui prend l’eau dehors. Je ne tiens plus j’affale. Bonne idée, je suis à 35 minutes de la bouée, sous la route, ce qui me laisse le temps de remonter, ranger le spi, le lainer et préparer l’envoi suivant. J’avale trois fourchettes de pâtes fraîches, un demi litre d’eau et au boulot.

Je me rend compte également que j’ai bien rattrapé le paquet de devant, Alexia passe de vant mais avec le spi donc plus pour longtemps, et Damien Cloarec et Alan sont juste derrière, trop de la balle.19237845_1387257711366811_5169043906024468670_o

A la bouée je suis contact avec Alan, au point qu’il a légèrement failli me rentrer dedans 🙂 on abat, on envoie direction la côte. Du vent il y en a, une belle houle croisée, il faut barrer pour surfer au maximum. Je choisi rapidement la côte pour deux raisons : moins de courant contre, et l’accélération du vent le long des falaises, et pour finir, la rotation du vent qui suivra la bifurcation de la côte. Grand bien m’en fasse, je m’éloigne de mes adversaires directs et j’en recolle d’autre. Le soleil se lève, le vent forci jusqu’à 26 noeuds et nous surfons, empannons, surfons le long des côtes. C’est beau, difficile. Je suis tendue, je passe mon temps à vérifier que les bateaux de derrière ne reviennent pas trop et j’essaye de créer du décalage par rapport à Benjamin DUTREUX qui est plus au large.

A roches d’ailly, Benj revient vers moi, je vois que ça risque d’être contact. Il me demande le temps d’un égarement si j’ai passé la bouée du bon côté ?… Je suis bâbord je dois l’éviter. Je veux absolument reprendre la droite et le tribord, je me mets léger en rideau pour passer derrière lui et c’est parti pour les deux derniers bords. J’empanne plus loin de manière à être bien rapide pour finir tribord sur la ligne. Ca marche, je coupe 8 secondes devant lui avec la rage et soulagée de pouvoir enfin souffler.

On se bat avec la houle et le courant pour rentrer dans le port sans moteur ; l’équipe mer nous déplombe et enfin nous pouvons nous amarrer tranquillement et savourer notre bière… Il est 9 heures du mat’… Drôle de tradition !19243277_10156345491632729_3373974245301045079_o

Autour de moi les visages sont tirés mais on sent la satisfaction d’être allé au bout, d’avoir tout donné surtout sur celle-là. Un bon steack-frite et au lit. Place au repos puis aux festivités !

Quand la nuit tombe, les bateaux volent…

11H00 – Jeudi 1er Juin 2017 – Salle de briefing – Place de la bourse – Bordeaux

Première intervention de Mr Météo Consult, « une dépression creuse et active va vous passer dessus lundi ; avec des vents moyens de plus de 35 noeuds voire des rafales à 45-50 noeuds et des vagues de plus de 4-5 mètres ».

23H00 – Jeudi 1er Juin 2017 – Dans mon lit – Avenue des Fauvettes – Mérignac

Mise à jour des fichiers météo, la dép’ est bien présente, les fichiers annoncent jusqu’à 36 noeuds, elle passe vite, un vrai schéma classique avec front chaud et petite pluie, renforcement du vent, front froid très actif avec fortes pluies et rafales derrière, grosse rotation du vent à droite à aller chercher.

10H30 – Dimanche 04 Juin 2017 – Maison du Tourisme et du Vin – Pauillac

Dernier briefing, le parcours est plus court mais la situation météo reste la même. La DC insiste sur la sécurité et les veilles VHF, le météorologue reparle de 50 noeuds (je souris sous cape, il y va fort quand même!), le Président de la FFV en personne nous souhaite une bonne course. Ambiance faussement détendue.

12H30 – Même jour – Port de Pauillac

On quitte les quais tranquillou, il fait beau temps belle mer, il manque même le vent. Ce fameux vent que l’on va regretter un jour plus tard !

14H30 – Sur l’eau devant Pauillac – Départ retardé

Trop de courant et pas assez de vent, les plombages d’arbre d’hélice sont retardés pour permettre aux coureurs de ne pas se faire aspirer vers Bordeaux 😉

En attendant on s’occupe comme on peut, dernier préparatifs, on discute, on se fait un café, on check les appendices… on range pour la énième fois le matos…

Départ 1 : c’est le côté droite à la vie à la mort, je me dis que les gars sont trop loin et pourront pas fermer au comité (illogique puisque c’est de la droite), et je me convaincs toute seule que le courant les éloigne de la ligne. Aussi je me le prépare en mode je fonce dans le tas, je m’écarte à droite du comité, je prends de l’élan au travers et au vent de tout le monde et… Bah ça le fait pas, je vire parce qu’il n’y a pas de place, un peu de contrôle pour éviter d’éclater le safran au vent sur la vedette du comité de course, rappel général OUF !

Départ 2 : on arrête les bêtises, on ajuste la prise de risque. Je me place plus tôt, l’idée est de ne surtout pas se coller à qui que ce soit. Cette fois ci les gars sont vraiment loin sous la ligne, je reste au-dessus pour pouvoir cramer du temps sans gêner personne, je veux la gauche, je pars au milieu pour pouvoir continuer en tribord, ça part, je suis au top, ça vire vite car la gauche rentre, je suis un peu en retrait de Champion (Alexis LOISON), les normands représentent ! Objectif 1 « Faire un bon départ«  – CHECK. (pour voir les images de l’hélico clliquez sur le lien ! )

Fin d’après-midi – Sortie de l’estuaire – louvoyage

Et c’est parti pour taper les bords de la rive gauche de l’estuaire, toujours en recherche des effets du vent, mes manoeuvres ne se ressemblent pas toutes, manque d’entraînement.

Objectif 2 : « S’écarter des autres pour aller vite, et virer selon les bascules de vent » – CHECK, Cette stratégie paye, là on je perdais au début, je commence gentiment à grapiller de nouveau des places. Juste à la sortie pour autant je suis obligée de me recaler alors que j’aurais pu sortir en direct à cause d’une mauvaise gestion d’un croisement. Tant pis.

Chenal Sud Cordouan vers BXA – Vent 15/11 noeuds – Houle – Tombée de la 1ère nuit

Mes premières options ne sont pas assez marquées. J’avance de façon correcte, nous sommes au près, dans ma tête je dois protéger la droite. Justine croise devant et va se caler bien au-dessus à droite, de mon côté j’y vais aussi mais de façon plus modérée. Dommage, au final il semblerait qu’il y avait plus de vent et ce groupe de bateau recolle fort devant au niveau des dix premiers, NEXT. J’enroule, j’envoie le spi et c’est parti pour un bord dans des belles conditions au portant.

BXA vers Arcachon

Ca glisse, il faut se reposer impérativement, j’arrive réellement à m’endormir deux trois fois sur 4-5 créneaux de 15/20 minutes. L’idée c’est de se concentrer sur la bataille suivante. Dans ma tête tout est clair, on enroule, il faudra patienter un peu pour le spi, par contre quand je l’envoie il faut que tous mes réglages soient calés pour la baston (mât, safrans, matos…) que le solent soit prêt dès que le génois tombe et le bateau rangé.

18953554_10155315808281091_7672540745978135647_o

Le vent faible au début me fait un peu peur, les gens au vent vont plus vite, je ne me sens pas très à l’aise dans cette position, mais je m’empêche de virer parce que ça doit adonner et devenir du coup plus favorable pour moi par en-dessous. Certains nous éclatent fort au vent mais tant pis, je patiente. Enfin le vent forcit de nouveau, commence à prendre de la gauche, les premiers pépins montent. Tout se passe comme prévu, j’envoie le spi, j’affale le génois, je change avec le solent que j’envoie aussitôt car notre route est un peu plus serrée que le vent arrière. C’est parti pour la grosse portion de pilotage de la régate. Le vrai gros kiffe. J’aurais aimé filmer mais l’électronique à de nouveau « buggé » avec la télécommande, j’ai arrêté de l’utiliser tout court et j’avais une confiance limitée dans le système. J’ai donc limité également les visites à l’intérieur du bateau. Autre problématique du coup : je n’ai pas d’écran extérieur, difficile pour moi de suivre l’évolution de la flotte en direct. J’ai noté ça dans ma liste de « quand j’aurais le même budget que mes petits camarades 😉 »

Cette séquence dure longtemps et j’en profite à fond, je la prends exactement comme la traversée entre Douarnenez et Horta : grand spi GV au début, à 25 noeuds je mets un ris dans la GV, à 30-35 quand je sens que le bateau n’accélère plus voire marsouine un peu, je descends le grand spi pour le petit. Ca c’était le plan…

Sauf que là nous sommes plus nombreux, nous nous rapprochons vite du plateau de Rochebonne, avec un peu de chance on va pouvoir tenir le grand spi jusqu’au bout… ERREUR! Ca marche pour les premiers mais pas pour moi. Le front chaud arrive, petite pluie, la mer se forme, le vent monte. Avec le ris le bateau est cool à piloter. Je surveille de temps en temps derrière pour voire si les spis sont toujours en l’air. Je vois que j’ai recollé Damien GUILLOU qui m’avais éclaté sur la portion précédente, j’en conclue que mon bord sous spi s’est bien passé et c’est tant mieux.

ZE rafale arrive, je ne sais plus exactement si j’entame une figure, mais vu comment le bateau pousse de l’eau c’est le moment pour tomber le spi. Je percute l’écoute que j’ai sous la main, dans la foulée les deux bras (safety first), le spi vole devant, j’enlève le noeud de retenue de l’écoute et je récupère le spi au vent sur le pont tranquille… mais éclaté. Pourquoi ? comment ? Je ne saurais jamais. Soit il a éclaté dans la pression, soit il est venu s’accrocher sur une aspérité du mât, soit c’est un des mousquetons qui a claqué dedans. Bref, la conclusion est la même : inutilisable jusqu’à la fin, et pas réparable si je n’arrive pas à le faire sécher. GROS DILEMME.

Il reste une heure au portant, la dépression est là mais c’est encore spiable, est-ce que je renvoie le petit au risque de l’éclater aussi et de plus en avoir pour l’arrivée sachant que le vent peut bien devenir foireux là-bas ? Je pèse le pour et le contre pendant dix minutes, je vois mes petits copains revenir pleine balle de l’arrière dont Arthur PRATT et Damien, euh passent, les autres commencent à faire des figures de style autour… Légèrement frustrée, je me dis que la suite sera déterminante, je reste sage. Et puis physiquement, j’en ai pris un coup, après des heures de barre et de concentration, ça me fait du bien de pouvoir lâcher un peu avant ce très très long bord de près où on va se faire éclater vers les côtes espagnoles.

Arcachon – Gijon – Vent 35 en moyenne, rafale max relevée chez moi 44 noeuds (j’ai du fermer les yeux quand y avais + ;), Mer croisée et dégommée, pluie de la bruine aux trombes d’eau ou tu vois pas la vague suivante devant… : si l’enfer existe il doit ressembler à ça… heureusement il fait nuit !

Il fait encore tout juste jour quand j’enroule la bouée. Pas très entraînée sous solent, je checke derrière le bateau de Arnaud qui va vite, je change mes réglages, le bateau redémarre et c’est parti pour la traversée de dépression classique.

Une main sur la barre, une main pour moi sur le chandelier, mode pilotage bourrin : « Aller vite » mes yeux jonglent sur trois cadran : vitesse du bateau, angle du vent réel, force du vent. Avec le linchage continuel de la pluie et des vagues plus quelques balayages de pont, difficile de garder le fil mais je garde en tête que plus j’avance vite vers l’ouest, plus ça va passer vite.

On touche une première fois les 45 en quelques rafales, quand ça revient à 35 noeuds, tu pleures presque de plaisir et paf, le front froid arrive, ça reprend de plus belle avec des trombes d’eau, c’est dantesque. Tu pries pour que tout tienne, mais en même temps mon esprit divague un peu et c’est la foire aux questions : « et si le mât pète, qu’il se retrouve à raguer sur la coque et à la défoncer avant que j’ai le temps de tout couper?? Ok, dans ce cas, c’est radeau. Le radeau, faut que je pense à prendre un couteau. TPS : vaut-il mieux garder la sèche de régate ou mettre la TPS? Sous la TPS, je garde des sous couches ou pas ?? ». Je repousse tout ça, je me reconcentre, leitmotiv : « vitesse, vitesse, vitesse, c’est QUE du pilotage »

Et a priori ça marche, je vais vite, je laisse passer les 45 noeuds, j’attends patiemment la bascule de vent. Enfin elle arrive, je lance le virement, du tribord enfin, j’avais le bras pour moi qui commençait à faiblir !

La même sur l’autre bord… Finalement les rafales s’estompent, le vent reste tout de même établi fort, le jour fini par se lever, le pire est passé.

Les hallus commencent à affluer gentiment, je vois des trucs et des gens sur le pont, je tiens dix conversations très sérieuses à l’heure dans ma petite tête embrumée, Ici tout va bien

Physiquement, toujours dans la même position à la barre, le dos est raide et la jambe d’appuie tremble de temps en temps ; les yeux sont éclatés par le sel, le soleil, la fatigue. Les rares déplacements sont hésitants et plutôt laborieux dans ses montagnes russes ; paradoxalement, je n’ai quasiment aucun bleu ou aucun gros coup.

Malgré tout ça, le bateau va bien, vers 25 noeuds, je me cale trois quatre séquences de repos mais impossible de dormir. Juste fermer les yeux et décrocher des écrans et des voiles c’est du pur bonheur !

Stratégiquement mon placement semble payer. Génial. Cependant la suite sera plus difficile à gérer.

Atterrissage à Gijon : 

Le vent molli et adonne, je repasse tôt sous génois. Je galère cependant à faire marcher le bateau, c’est là où mes réflexes dus au manque d’entraînement coûtent le plus… Vincent BIARNES me double comme une fleur, Tanguy Le Turquais vient me narguer, je m’accroche, mais je galère à rester bien concentrée et chaque variation de vent me coûte des mètres.

Au final, de nuit, dans la baie, 5 noeuds de vent… il y a une étrave qui glisse derrière moi, qui se rapproche petit à petit… au début je crois que c’est Arthur, raté, c’est Jérém’, Charal.

Bon, ça me motive, il faut lutter : la houle nous pousse, nous empêche de faire du près serré parce que les surfs déventent le génois. Première tentative, Jérém’ loffe, je n’entends que le glissement et l’accélération de son bateau sur l’eau et le grincement des winchs quand il borde… Je loffe, j’accélère, le vent refuse OUF.

Bon, la deuxième par contre est la bonne. Je m’englue dans son dévent qui n’en fini pas, j’essaye de virer la trajectoire est cata, je retourne sur le bon bord, miraculeusement le vent adonne le temps de me permettre de finir, soulagement intense, je n’y passerais pas la nuit !

Je coupe la ligne, les déplombeurs viennent à bord, constatent que j’ai rompu le plomb d’arbre d’hélice dans une mauvaise manoeuvre de charge de batterie.

Je finis 21ème, à 01h25 du premier auquel temps s’ajoute donc une pénalité de 25 minutes. Un poil frustrée de pas avoir conservé ma place de 19ème mais tant pis.

Pas grave, je suis super contente, cette nav’ était dingue et ultra variée.

Un grand bravo aux premiers, ils ont été magistraux ! Une grosse pensée pour ceux qui ont du abandonner et se dérouter, et un grand merci à l’orga pour nous avoir permis de mobiliser un camion et un chauffeur pour amener toutes les voiles à réparer à Santander !!

La suite dans quelques jours !

 

 

 

 

 

PASSION D’ENTREPRENDRE : en route pour la Solitaire URGO Le Figaro 2017

C’est parti, c’est validé, c’est la course !!!

Inscription à la Solo Maître CoQ 2017 : check

Inscription à la Solitaire URGO Le Figaro : CHECK !!!

Suite à la Solo Normandie, la machine s’est emballée, encouragements de la part des skippers, coups de main et encouragements de la part des organisateurs de ces deux épreuves (merci Guillaume HAUSER !)… impossible de baisser les bras et de laisser tomber. Lire la suite

Retour sur une première course de sangliers !

Pour une course en one shot, je pense qu’elle aura marqué les esprits. 3 jours avant le départ, les bulletins météo commençaient à être bien d’accord sur le passage de fronts plutôt velus.

Quelques signes avant-coureurs :

  • il faisait beaucoup trop beau juste avant
  • un directeur de course qui prend la température très régulièrement sur les pontons
  • un briefing coureur/direction de course non officiel pour réfléchir à plusieurs parcours potentiels
  • et les bulletins toutes les 6 heures qui ne permettaient pas de se faire trop d’illusion…

Peu importe en fait, à partir du moment où l’on sait qu’on va se faire tabasser, et bien il ne reste plus qu’une chose à faire : préparer avec soin la machine, la navigation et le skipper.

Il faut être focus et concentré.

Bon passons sur la préparation rudimentaire du bateau, au moins j’ai retrouvé mon fidèle compagnon de mer tel que je l’avais laissé. Pas de nouvelles mises au point pas au point donc pas de surprise.

Pour la partie navigation, nous avons eu le droit à un briefing de David LANIER, et j’ai eu le droit à ma correction de copie par Jean-Charles MONNET et Yann CHATEAU que je remercie vivement ! Quelques questions techniques à Alexis LOISON histoire d’éviter quelques faux pas et j’étais arée.

Pour la préparation du skipper, rien de bien fou question physique, par contre une bonne mise en condition mentale : de toute façon c’est la seule de la saison pour le moment, il faut tout donner et surtout rien lâcher. Et pour pas perdre de temps, c’est tenue de guerre directe : la sèche, les bottes, le gilet.

Vendredi 12h : beau temps-belle mer.

Le départ : au milieu, tranquille peinarde, plutôt lancée… Le problème c’est que mes navigations à Granville ne me sont revenues en mémoire que plus tard. Au milieu ça passe rarement et je n’ai pas réussie à me caler correctement par rapport à la flotte. Résultat : un passage peu glorieux en bonne dernière à la bouée de dégagement correspondant au plan 3 bis : « je pars derrière et je remonte »… Bah il y avait plus qu’à !

En route vers la marque Roche Gautier : grosses difficultés à garder une vitesse régulière, une belle algue que j’ai réussi à virer en faisant un empannage, rien de très glorieux.

C’est après cette bouée que vient le bord de la mort !

Un bon portant de nuit dans une mer formée et un vent forcissant, forcissant, forcissant. Cette fois-ci j’ai pris mes précautions, j’ai suivi les conseils des sages (Nico Lulu ;)) je n’ai installé le spi qu’après la bouée histoire de pas le repêcher à l’arrière avant même d’avoir pu l’envoyer. Grand spi, GV haute, je remplace au plus vite le génois par le solent à l’avant. Le vent passe les 25 noeuds, le rythme s’intensifie je colle un ris dans la GV. L’empannage approche. Au moment de commencer la manoeuvre le bras sort du tangon, j’affale avant que ça vire à la cata. J’empanne et j’envoie le petit spi dans la foulée. Grand bien m’en a pris, le vent passe les 30 noeuds, la mer forcit, je passe quelques bateaux qui ont des galères, la remontée commence et je maîtrise les surfs, c’est le gros kif!

La suite, ce sont les abandons successifs, du plantage de pieux, quelques difficultés à gérer les adaptations de réglages au près dans la mer et le vent mais ça passe quand même. Je remonte doucement mais surement. Près de Chausey je recolle le groupe de Damien CLOAREC, Tanguy LE TURQUAIS, Benjamin AUGEREAU et Arnaud GODARD-PHILPPE. Je lâche rien, j’ai toujours pas dormi, j’ai le dos en compote mais je lâche toujours pas. Sur la fin je cale quelques bons bords qui me permettent de recoller fort Arnaud et de passer Damien qui a du changer de voiles d’avant.

Nous sommes en approche de Saint-Quay Portrieux. Après cette bouée, c’est ligne droite vers le raz Blanchard et je ne sais pas trop où je vais aller puiser les forces pour tenir jusqu’à la nuit suivante. Sur l’eau c’est Bagdad, les grains noircissent et le vent repasse de nouveau au-dessus de 25 noeuds. A quelques milles la direction de course annonce que la prochaine bouée est la ligne d’arrivée. Le parcours est raccourci et c’est tant mieux.

Je passe la ligne rincée mais fière d’avoir tenu jusqu’au bout. Je finis 14ème/24, c’est pas très glorieux mais à part le départ je n’ai pas de regrets.

Un grand merci au centre Porsche de Caen et au Normandy Elite Team pour m’avoir permis de m’aligner au départ. Merci à tous les supporters du projet et aux deux photographes : Patrick DEROUALLE et Laurent TRAVERT. Voici un petit diaporama de leurs oeuvres :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

 

 

 

La Solo Normandie 2017 à fond et sans pression !

Traditionnellement, la première course de la saison fait toujours office de premier test grandeur nature où l’on peut enfin valider les modifications apportées au bateau, les travaux effectués pendant l’hiver ; se rendre compte des apports des entraînements d’hiver… Et cela sera sans doute le cas pour les 23 autres concurrents de la Solo Normandie.

affiche 2017

Lire la suite

Vivement la suite !

Déjà quelques mois que les ficelles me démangent…

De retour au travail à la Société des Régates du Havre depuis la fin de la dernière course de la saison (Douarnenez-Horta-Douarnenez) ; sans aucun doute la plus enrichissante d’ailleurs, je ronge mon frein en regardant les copains naviguer autour de Lorient et Port-la-Forêt en attendant que la situation se décante.

Entre cours de voile et recherche de partenariat, je ne m’ennuie pas une seconde.

Pendant que se déroulaient au Nautic de Paris :

  • la présentation du Figaro Bénéteau 3,
  • la remise des prix du Championnat de France de Course au Large en Solitaire 2016,
  • La présentation de la Solitaire URGO Le Figaro 2017,
  • La soirée des champions (un grand bravo à Charline PICON au passage !)

Je finalise la présentation de mon projet pour les trois prochaines années lors d’une Conférence de presse qui aura lieu dans deux jours maintenant à la Concession Porsche de Caen.image

Cette conférence sera pour moi l’occasion de tirer le bilan sportif de ces deux années incroyables, de remercier tous les partenaires et supporters qui ont suivi le projet avec coeur et intérêt et surtout de présenter mes ambitions futures qui se résument à une photo  :

schema-trois-coupes

Traduction : travailler à 200% sur le circuit Figaro les deux prochaines années afin d’être fin prête pour naviguer sur le nouveau monotype du chantier Bénéteau ! Plus innovant, plus adapté pour le large, le petit frère des 60 pieds ? de quoi ouvrir quelques portes par la suite…

Pour en savoir plus, rendez-vous jeudi 8 décembre à 11h00 à Caen 😉