La der des der ou comment sauver une Solitaire!

Dimanche dernier, après quelques jours bien agréables à Torquay, le départ de la dernière étape de la solitaire du figaro Eric Bompard Cachemire était enfin lancé.

Enfin parce qu’à ce moment-là tout se mélange, tu ne sais plus où tu habites, tu es contente d’être dans ce coin magnifique et de profiter du moment mais en même temps fébrile avant le lancement de la dernière étape dans laquelle l’enjeu est de taille au niveau du classement provisoire peu satisfaisant, pressée d’en finir après un mois de course.

Cette dernière clôture pour moi une période bien occupée de six mois entre aller-retour port-la-forêt et le havre, régates de J80 et de Figaro.

Revenons à la course, à cause du peu de vent prévu sur toute l’étape, une nouvelle fois le Directeur de Course a pris le parti de changer le parcours et cela jusqu’à la veille du départ. Plus de tour de l’île Lundy (dite « l’île aux macareux »), un décrochement de la côte anglaise plus à l’est de l’île de Wight. Le parcours qui devait être le plus long devient quasiment le plus court en nombre de milles mais pas en temps de course. Effectivement, même le jour du départ certains routages s’arrêtaient net au moment de la traversée du Dispositif de Séparation de Traffic (que l’on appelle aussi le rail des cargos, passage obligé pour canaliser les déplacements des bateaux de commerce qui marchent entre 12 et 17 nœuds à cet endroit).

Drôle de départ pour une drôle de course donc, dans la baie de Torbay, il y a de l’air très variable puisque provenant de la côte (entre 8 et 17 nœuds). Le parcours spectacle est en place, et après une sortie « olé olé » du port, je prends tranquillement mes repères pour le départ. Cependant je sens bien que je ne suis pas à 200%, peut-être la lassitude, peut-être le fait de départse dire que finalement sur cette course ce ne serait peut-être pas le moment clef, bref je n’arrive pas à rentrer dans le mouvement.

Je me place en bout de ligne, sous le vent de toute la flotte. Le départ est lancé et moi aussi sauf que je mets énormément de temps à reprendre mes réglages et je perds du latéral sur mes adversaires directs. Dommage parce que Vincent Biarnès qui passe la bouée au vent largement en tête à fait un seul bord à gauche (du même côté que moi donc) !

Tant pis, on enroule, on envoie le spi. Nous sommes dans le groupe de derrière et restons collés serrés jusqu’au passage du cap en sortie de baie. A partir de là nous attend un très long bord de près, jusqu’au milieu de la nuit pour aller chercher du vent au large et surtout une bascule de vent favorable. Ce long bord était un vrai objectif pour moi, de réussir à faire avancer le bateau dans la brise et ne pas perdre de terrain. Ca marche plutôt bien car je recolle le paquet de devant. Malheureusement il y a un moment où ça décroche de nouveau après quelques heures sans que je n’arrive à comprendre pourquoi et à trouver la remédiation au problème.

Nous virons tous pour viser le bout de la pointe ouest de l’Angleterre et la prochaine marque de parcours Runnel Stones. Nous sommes le lendemain, il pleut sous le front, il y a entre 16 et 27 nœuds et je ne lâche rien. Jeanne Grégoire coach du Pôle Finistère course au large m’avait dit de tout donner pour cette dernière et que ça n’était pas normal que je sois classée ainsi. Alors je la joue un peu bourrin (pas forcément très malin mais ça fait du bien) je reste GV haute, génois, je tire sur tout pour aplatir les voiles au maximum (pataras, cunni, bordure), je vrille le génois au maximum. Le bord qui me sauve. Même si je n’atterris pas à la pointe mais un peu à l’est, je continue vers la côte. Sous le vent, on attrape tellement de rotation à droite que je me retrouve non seulement à faire la route en directe mais en plus au près débridé, je peux donc lâcher les chevaux alors que les concurrents sous le vent restent au près. Ca me permet de recoller franchement Jack et Henri, qui deviendront mes deux objectifs pour un long très long moment. Dans le rétroviseur, je garde un œil très attentif à Benoit Mariette sur Entrepose, aussi bizuth et très bon navigateur.P1060533

P1060536Nous enroulons cette cardinale contre courant et nous élançons vers les falaises anglaises pour s’abriter autant que possible en multipliant les virements de bord. A ce jeu, ça ne bouge pas beaucoup, c’est un peu le train-train il suffit de garder un oeil sur la cartographie et de se placer pour ne pas être gêner par les adversaires. Pendant ce petit jeu, le soleil sort enfin le bout de son nez, la pluie se stoppe et la côte nous dévoile son charme. Le seul à transpercer gentiment mais surement la flote c’est Alexis Loison sur son Groupe Fiva qui grossit à vue d’oeil. N’étant pas encore de taille, je me lance comme défi de le garder derrière au moins jusqu’à la bouée Hub Wave, marque la plus Nord à contourner avant de prendre enfin la route de la maison! Et j’y arrive, il est là au près à l’affût de la moindre erreur juste derrière moi. On envoie le spi et nous sommes quasiment bord à bord. Le vent a bien mollit et nous sommes de nouveau contre le courant (l’avoir tout le temps dans le bon sens ça aurait été trop facile!) Alexis fini par me doubler et moi j’ai bien rattrapé Benoit qui m’avait doublé au près et Arthur Pratt que je n’avais pas vu du début de course;

P1060540

Objectif = après avoir passé le phare de Longship, cap sur celui de Wolfrock avant que le vent ne s’écroule, il a de grosses baisses de régime de temps à autre mais on avance doucement mais surement. Juste avant le phare je double Arthur et j’enroule derrière Benoit. C’est parti pour une magnifique nuit en mer dans un vent capricieux. P1060551P1060550Ma résolution de moins dormir apporte ses fruits, je tiens bon en vitesse voire de temps en temps j’en double un ou deux. Gros moment de doute le lendemain midi lorsque nous arrivons au niveau de Portland.
Plus de vent synoptique, il fait très beau et on se dit que le thermique va se lever dans cette baie. Malheureusement, en voulant garder du vent le plus longtemps possible, je me suis éloignée de la côte et il me devient impossible de jouer cette option. Patience alors, j’attends, encore et encore et puis quelques bribes de vent commencent à rentrer. Rien de très franc, mais de quoi faire redémarrer tout doucement la machine. L’élastique se détend, les premiers repartent avant leur poursuivants. Il faut donc essayer de rattraper de nouveau l’écart qui s’est créé alors on relève ses manches et au boulot.

Nouveau magnifique coucher de soleil, dans la nuit nous atteignons tant bien que mal l’île de Wight sur un seul bord, c’est à ce moment que je parviens à doubler Jack et Benoit avant d’enrouler « Owers » et de faire route au près cap au sud pour la traversée vers les terres normandes. Sur ce long long bord, pendant lequel le vent tombera complètement le midi puis reviendra capricieusement vers 16-17 heures, Jack repasse devant. A la bouée d’Antifer, le stress remonte, est-ce que le vent va nous permettre de rallier les falaises pour nous abriter du courant à temps?? Il monte d’autant plus que plus nous nous rapprochons de la côte et plus le vent mollit avec la tombée de la nuit. Devant, Redshift de Nick CHERRY et Faun environnement de Arnaud Godard stagnent le long de la digue du port d’Antifer… Dilemme car il y a plus de vent au large.. Je tente un virement en me disant que je rejoindrai la côte dans une zone un peu plus nord où le vent n’est pas gêné par les falaises. Heureusement, Henri, Jack et Benoit décident d’en faire autant et nos poursuivants aussi.

coucher de soleil

A terre Nick et Arnaud redémarrent d’une façon incroyable, nous avons l’impression qu’ils longent la côte sur un bord, à 5 noeuds et contre le courant. Phénomène de nuit imparable. Alors je ravale ma fierté, préparation mentale avant le virement et le bord de la mort. Je sais que ce quart d’heure va être psychologiquement le plus difficile de cette navigation. En approche de la côte le vent mollit de deux noeuds et le courant me rabats en arrière. On ajoute le vent qui refuse de près de 60° et le seul truc qui me maintient en alerte, c’est que Jack qui a viré avant moi fini par redémarrer très fort sous les falaises. Enfin je sens ce vent chaud qui dévale les falaises entre 10 et 12 noeuds, le courant ne va pas tarder à se renverser. Le compte à rebours commence. Il me faut atteindre Dieppe avant que le soleil se lève et que la terre se réchauffe à nouveau, coupant le ventilateur. Il me faut aussi arriver avant 6 heures car après le courant se renversera. Plus question de dormir. Ce vent de nuit est très particulier, à la perpendiculaire de la falaise, le phénomène ne s’étend pas trop au large. Dès que l’on tire la barre un peu trop, on se retrouve dans 3 à 4 noeuds de vent. J’arrive de temps en temps à envoyer un grand spi. Chaque baie est une petite torture tant la tentation de couper tout droit est forte, mais c’est impossible, il faut longer chaque méandre de la falaise. Ne pas oublier non plus la zone interdite de la centrale de Paluel (qui coûtera la victoire à Xavier MACAIRE malheureusement), aller chercher la bouée qui la délimite nous oblige à nous éloigner un petit peu mais le vent tient. Les adversaires de l’arrière n’arrivent pas à revenir et je ne regarde plus que devant. Le dernier passage compliqué c’est la bouée des roches d’Ailly. Je pense que tous mes ongles y sont restés. Plus loin de la côte il n’y a plus de vent à son niveau. Plus de vent, cela veut dire aussi qu’il a tourné. Je l’enroule grâce au courant et j’ai énormément de mal à tenir un cap vers la falaise pour retrouver une risée salvatrice. Les nerfs commencent à prendre cher et la paranoïa se distille dans les veines tranquillement. Je sors le mouillage sur le pont, j’installe le spi à l’avant, prête à parer à toute éventualité. Mais l’histoire fini bien, après une bonne demie heure de galère, je retouche  du vent, je fais un magnifique arc de cercle le long de la côté et je coupe la ligne enfin… 24ème et seulement 2 heures et demie ou un peu plus après le premier, je peux m’estimer heureuse!

Ce soir remise des prix officielle à 18H30, je finis 26ème et 5ème bizuth, résultat honorable finalement!

Publicités

2 commentaires sur “La der des der ou comment sauver une Solitaire!

  1. Bonjour ici la bouteille de vin de pauillac, alors je vous ai suivi du mieux possible.Heureusement qu il y avait vos commentaires car sur les medias c est vraiment une catastrophe, mis a part le foot et le foot rien n existe.Bon alors vous, vous avez tres bien joue pour une premiere figaro, j espere que dans 2 ans vous recommencez.je pars 8 jours en crete et apres j essaye de voir si votre blog est toujours actif pour vous contacter sans vous enuyer biensur.Bon repos bien merité avec votre fille et les votres.Bon vent.

    J'aime

  2. Bravo Sophie, j’ai peut été le sponsor de ton hébergement à Bordeaux mais tu as été le sponsor de mes rêves ces 4 dernièressemaines: de l’Espagne à la Cornouiaille, dans la tempête et la pétole, j’ai grâce a toi beaucoup voyagé..
    Tu mérites maintenant de vraies vacances…Bordeaux ou Ile de ré peuvent t’accueillir… et encore toute mon admiration.. (J ose même plus boire dans ma tasse!!)

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s