Solo Normandie : le retour aux sources !

ENFIN !! Enfin après 5 mois d’entraînements, de préparation, de plaisir et de galères sur l’eau… enfin un résultat qui compte ! Partie en mauvaise posture de Granville jeudi matin, ça m’aura pris deux jours pour remonter, petit coup par petit coup ! De superbes conditions et des moments magiques (quoique parfois angoissants) entre les cailloux et autour des îles anglo normandes ; une orga au top et des concurrents bien fatigués à l’arrivée, tous les ingrédients pour une superbe édition de cette épreuve.

en-1999-rembobiner-une-vhs-etait-la-plaie-qui-suivait-le-film_132939_w620On rembobine le film, commençons du début !

solo normandie kiev

Speed : c’est l’état d’esprit dans lequel j’ai débarqué à Granville pour préparer cette Solo Normandie. De retour de Kiev dans la journée de mardi où j’avais rendez-vous avec mon équipage de match race skippé par Maxime MESNIL pour une épreuve de grade 2 il me restait mercredi et jeudi matin pour finir la préparation de cette épreuve. (je passe la course après un taxi, dans les bouchons, après l’avion le mardi matin…)

Heureusement sur place, toute l’équipe normande s’était mise à pied d’oeuvre pour cleaner la coque du bateau au sec, faire poser la nouvelle déco, remettre à l’eau et j’en passe. Sans eux ça aurait été autrement plus compliqué alors un grand merci à Benoit et Olivier CHARON 😉 et Nicolas JOSSIER évidemment. Et je n’oublie pas la Société Ecritures qui a peint les voiles en un temps record, ainsi que Goulven Le Clech pour m’avoir remonté ces mêmes voiles de Bretagne afin que je sois enfin équipée course !

Mercredi J-1 : une journée bien timée :

  • jauge à partir de 10 heures
  • sortie média de 11h30 à 12h30 pour faire des prises de vues avec la Région Normandie
  • 17h00 récupération des balises
  • 18h00 mise à jour du parcours enfin choisi et préparation de la navigation avec les derniers fichiers météo

la parcours

Le parcours Benoit CHARON, son inventeur en parle très bien ici ! des îles, du courant, des resserrements et des écarts, de quoi faire tourner les skippers en bourrique…

Jeudi :

  • 10h30 briefing skippers
  • derniers fichiers et derniers routages
  • petit reportage FR3 (à partir de 12min57)
  • puis départ du port, plombage et départ de la course…

La course :

  • le départ… mon dieu le départ… en ce moment c’est la cata, je sais toujours où je veux partir mais ensuite c’est comme si je regardais les autres prendre le départ parfait que j’aurais souhaité faire… A ce petit jeu c’est Alexis qui remporte la palme avec un départ bout de ligne parfaitement réalisé ! (la photo parle d’elle-même)

    départ raté
    Départ de la Solo Basse Normandie. Le 12 Mai à 14h30 les quinze skippers s’élancent dans une dizaine de noeuds sur un parcours de 280 milles. Arrivée au Havre prévue pour les premiers dans la matinée de samedi.
  • de la bouée de dégagement à Banchenou (chez les malouèches) : du reaching (c’est ni du près ni du vent arrière, un bord bâtard apprécié des figaristes notamment pour dormir 😉 rien que du reaching pour y aller avec quelques décalages en profondeur. La flotte reste groupée, met le clignotant à Banchenou et c’est là que le jeu commence.banchenou
  • de Banchenou à Lower Head (SE de Guernesey) : du près, des conditions très maniables ça part de là. Nous attendions une bonne bascule de gauche, l’idée était donc de continuer un peu vers le cap Fréhel avant de changer de bord. En dosant suffisamment car la bascule annoncée était assez forte et il ne fallait pas aller trop loin pour ne pas faire de la route en trop. A priori nous avions tous les mêmes fichiers 😉 très vite le jeu s’est décalé de ce côté et ceux qui n’ont pas accompagné la flotte l’ont payé un petit peu.lower heads ça va un peu mieux
  • de Lower Head aux Minquiers : le seul bord de spi un peu serré, je peux vous dire que j’en ai profité… au début du moins, rien que la manoeuvre d’envoi m’a permise de doubler un anglais et Claire (pour un court instant)… sauf que le vent est monté jusqu’à plus de 20 noeuds, la bruine est arrivée, et la bouée qui avait été annoncée comme déplacée était en fait quasi à sa place initiale… presque une réussite tout ça. C’est sur le bord d’après que je pense être revenue un peu, 15 noeuds, vent arrière, j’ai recollé à Claire et Aymeric doucement…
  • Nous nous sommes ensuite rapprochés du vent toujours sous spi pour rejoindre la Basse Jourdan qui marquait le début du jeu dans le bas du raz Blanchard. C’est ici que la guerre des nerfs a commencé. Gentiment d’abord parce que nous avions suffisamment de vent pour évoluer rapidement. Très vite après les Minquiers les spis sont tombés car nous avions le vent dans le nez. Le temps de construire sa stratégie au près en fonction des variations du vent et du courant. Toujours avec Claire, nous avons de nouveau envoyé les spis après la basse Jourdan pour faire route vers la bouée du banc Desormes.
  • En approche de l’île de Jersey, le vent a bien molli et les spis sont de nouveau tombés. A Jersey un atterrissage proche de la côte nous a permis de profiter du plus fort du courant du « Ruau », nous avons rasé les Pierres de Lecq (joli tas de cailloux) et en même temps que le courant a forci le vent est rentré jusqu’à 15-16 noeuds. Entre le tas de cailloux et la bouée Banc Desormes, le courant portant était tellement fort que certains un peu trop gourmands et pressés ont du tirer fort la barre pour pouvoir contourner la bouée. Le genre de petites erreurs qui permet aux poursuivantES telles que Claire et moi de regagner encore un peu de terrain !
  • A l’attaque des Casquets. L’idée générale était de monter jusqu’au Casquets avec du courant favorable le plus longtemps possible. Car tant que le courant nous porte nous avons du vent. C’est à la renverse que les choses se compliquent. Une fois le courant dans le sens du vent, (attention partie technique), le vent courant se soustrait à la force du vent réel, le faisant mollir de façon significative.
  • Pour garder le courant portant longtemps, nous avons pris la direction de l’île de Sark. Le jeu étant de tirer des bords pour rester le plus longtemps possible dans les veines de courant les plus fortes.

ADRENA SARK

La suite se complique. Le point positif est que ça se complique pour toute la flotte. La fin du près se termine dans la pétole et contre le courant… De longs moments très durs psychologiquement à gérer, la fatigue gagnant gentiment du terrain. Mais nous avons fini par l’atteindre ce phare, moment magique avec une superbe luminosité qui va devenir un grand moment de panique dont je me souviendrai longtemps !

Juste après avoir viré le phare, je me suis précipité pour envoyer le spi rapidement, sauf que niveau trajectoire, j’étais très proche des cailloux et surtout je suis sortie de la zone de vent. Et là c’est l’angoisse, je me suis retrouvée sans aucun contrôle du bateau faute de vent et je me suis faite aspirée par le courant le long des cailloux. Obligée de me coller le nez sur l’ordi pour me rassurer en respirant profondément. Pendant deux secondes j’ai songé à déplomber le moteur pour sortir de là… Mais ce petit manque de lucidité est passé et j’ai pris mon mal en patience. (le trait orange c’est ma trace…)LES CASQUETS

Finalement ce dérapage m’aura replacé idéalement pour récupérer du vent plus vite que les copains, le groupe du nord qui devait descendre au sud d’Aurigny s’est retrouvé englué plus tard et ceux qui était devant ont mis beaucoup de temps à raccrocher !

Ainsi je retouche du vent et aborde le sud de l’île juste derrière Justine METTRAUX, un anglais et Aymeric DECROCQ. Nous continuons de longer la côte pour nous abriter du courant, le vent est revenu et nous profitons d’un magnifique coucher de soleil derrière nous.

La suite du programme, c’est le clou du spectacle avec la traversée du raz blanchard. Ca particularité la force du courant. Au compas on vise au-dessus de la point du Cotentin ; la trajectoire sur le fond, c’est tout autre chose :raz blanchard

Petit coup : en quittant Aurigny, nous sommes trois au coude à coude, je décide de tirer la barre la première juste un peu pour aller plus vite et surtout me retrouver sous mes deux concurrents direct. Car je sais qu’en atteignant la côte en première, je récupèrerai le bon courant également en première ce qui me permettra de passer devant. Et ça marche. Seul hic, l’anglais vire avant moi à la côte et repart devant. Aymeric de même sauf qu’il prend les risée après moi et je passe à son vent.

le phare du gros du raz

A présent il fait nuit noire… Le courant n’étant pas favorable au large nous devons longer la côte. Le nez sur l’Ipad, nous longeons la côte et prenons le passage à l’intérieur du phare du gros du raz. Bien calés à la queue leu leu c’est très impressionnant dans la nuit noire. Nous passons à droite du phare à moins de 100 mètres, ça lumière rend l’ambiance surréaliste. J’avais le souvenir d’y être passé de jour avec Alexis LOISON sur le tour de france à la voile et de jour, mais quand c’est toi qui te retrouve à la nav’ toute seule et de nuit ça ne donne pas du tout les mêmes sensations, c’était génial !

La suite est rythmée, virements tout le long de la côte nord à couteaux tirés avec Robin Elsey et Simon Troel. Nous traversons la grande rade de Cherbourg, passage obligatoire pour permettre à l’organisation d’effectuer un pointage officiel. Le stress remonte, il faut garder le courant portant absolument pour passer le raz de Barfleur. Il nous reste deux heures pour passer la pointe. En sortie de rade nous fonçons vers le nord pour nous écarter de la terre et gagner le large où le courant reste dans le bon sens plus longtemps et plus fort. A ce petit jeu je me place au-dessus de tout le monde. Option qui s’avisera payante lors de l’atterrissage au Havre.

A bord c’est la lutte contre le sommeil, la nuit noire et la bruine ne facilitent pas la tâche, je commence à entendre des bruits un peu bizarres, quelques jeux d’ombre et j’ai parfois l’impression d’avoir quelqu’un à bord, pas de doute je suis cramée. Mais il faut tenir. Le vent est fort et la mer déformée dans le raz. Très régulièrement le bateau tape très fort. Je tiens bon, je lutte et fais avancer le bateau tant bien que mal.

Plus besoin de regarder l’écran, c’est à l’arrivée au Havre que je verrai si mon option est payante. A partir de là on se croirait au PMU, une véritable course de dadas au reaching. J’attends jusqu’à 4 h du mat’ pour m’autoriser une sieste puis deux puis trois. Il faut que je sois à fond pour les 3 dernières heures, il va falloir batailler fort et si je veux barrer mieux que le pilote il faut que je me repose.au PMU en baie de seine

avant metzingerCa paye, les bateaux plus au sud reculent tout doucement au fur et à mesure que l’on se rapproche du Havre. Dans ma tête c’est très clair, je vais enrouler la dernière bouée devant et je vais y rester. Cinquième, voilà une belle récompense pour cette lutte acharnée ! Mais il y a un bateau qui ne lâche rien derrière, Sofinther encore lui, mais skippé par Simon TROEL cette fois-ci et ma foi, après la bouée général Metzinger je ne lui ai pas beaucoup compliqué la tâche pour me doubler… Beaucoup trop longue à trouver le bon réglage, il me double tranquillement. Nous ferons le point quelles heures plus tard à terre, effectivement il m’avoue s’être dit que vu mes réglages, ça serait rapide et presque sans douleur 😉

Une fois de plus j’aurais beaucoup appris sur le bateau, sur moi-même aussi et j’aurais redécouvert une fois de plus tous les joyaux de notre côte normande !

Bravo et merci à tous, orga,médias, concurrents. Merci Domi, Bernard, Isa et Cathy pour l’accueil, Rémy pour le coup de main. Merci à Madame POUSSIE WINSBACK, vice présidente de la Région Normandie pour ses encouragements ; à Eric ANTOINE du centre Porsche CAEN pour ses messages de soutien.

Et bien sûr un grand bravo à Champion qui remporte pour une seconde fois ce magnifique trophée, symbole lui aussi de la Normandie réunifiée !

la normandie réunie

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