« Ô combien de marins, combien de capitaines…

…Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines, Dans ce morne horizon se sont évanouis ! »

La Solitaire Bompard-Le Figaro 2016 #Etape 1 #Deauville-Paimpol

Départ : les images parlent d’elles-mêmes, il était beau et lancé mais pas trop du bon côté 😉

Le petit côtier devant Deauville ne restera pas gravé dans les mémoires, peu de vent, du jus, il a fallu patienter pour enfin décoller gentiment de la baie de seine.

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Après du tricotage plutôt inspiré en Baie de Seine, nous avons contourné LHA (bout de chenal du Havre) direction la traversée de la Manche pour Owers (Est Cowes).

Je me positionne plutôt bien à ce moment-là, dans l’axe d’Alexis LOISON. Nous nous préparons pour un bord de spi dantesque de nuit avec un vent fort et rafaleux, une mer bien agitée, bref, de quoi nous garder éveillés sans aucun risque d’endormissement.

Ce bord a été d’une frustration extrême. Tout se passait nickel, bonne trajectoire, bonne vitesse, calée derrière groupe Fiva, Xavier Macaire pas des manches en somme. Nous avons envoyé les spis, je les tiens toujours. Le vent monte, 26 noeuds, je prends un ris… La mer forcit, le vent monte à 30 noeuds en rafales et c’est le début du drame. Le bateau décroche une fois, deux fois… Je fais cap sous la route histoire d’arrêter de partir au tas… Le bateau décroche une fois, deux fois… Je me met à barrer en mode bourrin… Ca redécroche, je fais un point, je peux passer sous solent. J’affale avec un soupir de frustration et de soulagement (le spi est toujours entier!), sous solent et un ris je ne me sens pas sous toilée, direction Owers. Le bilan est mitigé car il y avait pas mal de gens encore sous notre route… On fera les comptes plus tard.

Pour la suite on prend son mal en patience. Vivement le jour et le vent qui mollit! Ca viendra lentement mais surement. Toute la nuit le bateau tape de quoi réveiller les morts. Aymeric avec son Crédit Mutuel Espoir démâte, on croise les doigts pour ne pas que ça nous arrive (on sent une grosse confiance dans le matos non ?)

Ca passe. Bilan négatif, je suis  à « dache », il va falloir cravacher sévère pour remonter la flotte. Ca tombe bien il reste trois ou quatre jours de course et pleins de passages stratégiques !

Jour 2 : point touristique : l’envie était trop forte, en bataille avec Cécile, Benoit et Sam Matson, je ne peux pas me retenir d’aller jouer dans les cailloux devant Dartmouth, en fin de journée les couleurs sont magnifiques. Les rochers plein d’oiseaux et pis de toute façon il y a moins de courant contre à terre 😉dartmouth

A Start Point le courant renverse et nous porte, nous avons recollé un peu et l’idée est de se placer par rapport à la flotte pour la molle puis le vent qui devrait revenir par l’ouest. C’est le moment ou j’arrive à caler le plus de sommeil. Que du gain pour la suite !

Jour 3 – 06h00 du mat’ : c’est la pétole, avancer coûte que coûte, attraper des micro risées quitte à faire de gros détours pour les choper. J’arrive à garder un minimum de vitesse pour sillonner très lentement le plan d’eau à la recherche de bouffées d’air ; avec la technique du « flip flap » 😉

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Je me place au large, une bonne partie de la flotte de devant est à la côte. Le vent revient avec des bancs de nuage du large, sous le soleil quand même ; c’est l’heure du rangement, du séchage et pour couronner le tout, on banque fort avec Arnaud Godard Philippe !

Les dauphins viennent fêter ça avec nous. J’enroule Wolfrock en fin d’après midi, en tête de mon nouveau paquet, ravie ! Pour fêter ça, petite présentation de ma nouvelle tenue de mer (en espérant qu’il ne devienne pas une sorte d’objet fétiche !). Vidéo du bord #1

La nuit est une autre histoire…

Jour 4, au coeur de la nuit : Lizard Point, courant dans le nez +1… Sébastien SIMON est devant et bute un peu dans le courant en prenant au large. Il y a suffisamment de vent pour que ça passe. On se rappelle, la nuit méfiance à la côte, il risque d’y avoir moins d’air. Je vote pour le large et « PAN » le coup part, la deuxième balle a fait mouche… Je passe au milieu, ou plutôt je ne passe pas…

start point

Tant bien que mal, je rejoins la côte, proche, très proche. J’y retrouve Will Harris et nous allons nous cacher 1H30 (d’angoisse) sous le phare, dont nous apercevons en rythme le feu brouillé par le crachin nocturne. Perte de repères, nous tournons en rond, obligez de se concentrer sur le compas pour vérifier de temps en temps où est le nord, les cailloux, le large. Ambiance fantomatique à bord des bateaux. Au bout d’une heure, nos poursuivants emmenés par Damien GUILLOU pointent leurs feux de mât et passent. Je prends le wagon en troisième position de ce nouveau peloton.

Je me place sur la route, quelques écarts en latéral, on bosse toute la journée, sous les bancs de brume ou le soleil, sous spi. Séchage, rangement, préparation de la fin.

Je m’en sors très bien puisque je prends la tête de ce paquet, il faut dire que c’est motivant d’avoir tout ce beau monde autour de soi ! J’essaye de garder toujours un décalage sous le vent de mes adversaires histoire de rester entre eux et la route. Derrière un paquet se fait distancer en approche de Portland. Il ne reste dans le panier plus que moi, Alan ROBERTS et Nick CHERRY dont je me méfie depuis l’année dernière !!

Mon décalage me permet de me rendre à la côte à Portland Bill en première de quoi attraper la renverse de courant en première et me faire ressortir devant. Tout comme dans les livres ! Cernée par un banc de brume, la côte et l’orage derrière, je tente de rester concentrée. Vidéo du bord #2

La direction de course nous annonce que la fin est proche puisque le parcours est raccourci à Fairway, la bouée des Needles. Si on ne se plante pas, nous devrions arriver tous les trois dans cette renverse… La tension monte d’un cran. D’autant qu’il n’est pas question de dormir, de lâcher quoi que ce soit.

Entre Portland et Anvil Point Alan se recale régulièrement derrière moi, tout va bien. L’orage se pointe avec la nuit, il faut s’équiper « casques lourds » :  Vidéo du bord #3

Entre la brume, la bruine, la grosse pluie et la pétole, on se retrouve côte à côte, à 10 mètres pour le dernier départ. On discute, Alan n’est pas prêt à prendre les paris… On espère tous les deux la risée qui nous permettra de parcourir les derniers milles, d’arriver et d’aller se coucher enfin.

Pendant l’orage, j’ai pris un temps d’avance en installant mon spi. Nous redémarrons en même temps, moi sous le vent position idéale parce qu’à l’arrivée, le courant nous poussera au-dessus de la ligne. Le vent revient, du trois quart arrière, j’envoie mon spi rapidement, le bord est serré mais ça passe. Le vent monte à 9 noeuds, c’est parfait la fin n’a jamais été aussi proche.

Je charge la dernière cartouche après avoir nettoyé le canon, je vise et « PAN » le coup part troisième et dernière balle. J’ai l’impression que le vent refuse trop, j’affale. Je regarde la carte, je suis travers de la route à cause du courant, en fait c’est toujours spiable… J’aperçois le spi éclairé d’Alan qui avance au vent et voilà, j’ai laissé passé devant moi le premier anglais de cette étape !

Tant pis, l’important c’est que nous sommes arrivés. Toute l’équipe de la ligue embarque à bord pour m’aider à ranger, déplomber l’arbre d’hélice. Bernard embarque aussi et m’accompagnera jusqu’au port de Cowes (sous la pluie) histoire d’éviter tout risque d’échouage, de collision ou autre péripéties ! Vidéo du bord #4

Bilan = 18ème et première femme. Pile poil dans les objectifs que je me suis fixés.

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