DZ Horta : Acte 2 – Etape 1

Après une belle semaine de préparation sous le soleil de Douarnenez, le temps est venu samedi 27 août de faire nos adieux à la terre ferme et d’embarquer sur nos canots. L’organisation ayant bloqué les hélices au port, nous nous sommes faits extraire doucement du port, un par un pour ensuite pouvoir rejoindre la zone de départ au nord du port du Romeur.

14066261_1224415527611210_6386453659202618510_oAu programme, une bouée de dégagement proche de l’île Tristan, une bouée spectacle au plus proche des cailloux et ensuite le terrain de jeu s’élargit tranquillement à l’échelle de la Baie de Douarnenez, puis au raz de Sein puis au golfe de Gascogne.

 

Côté météo l’entrée en matière est parfaite, 10-15 noeuds de SW mollissant au niveau du raz de Sein. Le vent étant attendu plus tard pour la traversée du golfe. Petite précaution de la Direction de course tout de même concernant l’évolution de la tempête tropicale Gaston (devenu un cyclone ensuite) avec la mise en place d’une première porte à la hauteur du cap Finsterre. Sur les cartes ci-dessous (merci Yann CHATEAU), Gaston c’est la double virgule violette qui s’est formée de l’autre côté de l’Atlantique pour venir chatouiller les moustaches des Açores pile poil au moment de l’arrivée prévue des bateaux 😉

Le départ : Beau temps-belle mer tout va bien, le vent vient du sud ouest, la côte est à gauche, l’idée est donc d’aller chercher les effets de côte. Le départ se déroule mieux qu’il n’a été préparé. Je trouve un trou tardivement, je suis plus en retrait donc je peux lancer plus vite et au top je sors de mon paquet bien lancée. Ca s’était avant qu’en allant reborder mon génois, je choque l’écoute de GV avec mon pied. Au final, cette petite perte de temps fera que je serai ensuite gênée légèrement par Anthony Marchand, me forçant à virer plus tôt que prévu. Le vent tombe de la côte par rafales, la flotte est très serrée et le premier bord très court. Nous enroulons à la queue leu leu les deux bouées mouillées par l’orga et ensuite nous bordons les voiles pour tirer des bords de près dans la Baie vers le raz de Sein. Le courant s’établi gentiment dans notre sens, et nous progressons rapidement (enfin sans les algues) vers le large. Peu contente de ma vitesse dans cette première traversée, je me remobilise pour caler mes virements au bon moment dans le raz de Sein. Le vent à remollit et nous zigzaguons entre les marmites, les molles, les bascules.14241529_707537442733045_6442303788276972729_o

Rapidement, nous nous calerons sur un seul et même bord en direction du cap Finisterre et sur un bord direct. Avec la promesse de pouvoir envoyer le spi relativement rapidement pour accélérer notre descente et profiter de longues glissades vers les alizés portugais.

Le 28 au soir, j’ai le droit à ma première baleine sous le coucher de soleil et sous un nuage bien noire. Le contraste est magnifique et son saut grandiose. Je profites du vent plus fort pour monter au-dessus de la route et éviter la trajectoire du cétacé. Elle croisera tranquillement devant alors que nous avançons rapidement.

Le 29, la mer s’est formée, le vent est monté et les spis sont envoyés. Nous tirons des bords de portant vers le cap qui me permettent de recoller à la flotte et même de croiser devant Martin et Arnaud, je reviens enfin dans la course. Avec Martin nous naviguons à quelques longueurs aux abords du cap Finisterre. Au début tout se passe parfaitement bien, 17-18 noeuds, VMG = route seine et sereine sous spi et sans forcer.

A 25 noeuds, la mer se creuse, je mets directement mon premier ris sur la GV pour soulager l’étrave (merci Jeanne GREGOIRE pour le conseil, la différence se fait sentir tout de suite). Ca monte encore et j’imite Martin qui envoie son solent en plus du spi. La nuit tombe, le vent continue de monter, la fatigue commence à se faire sentir et nous naviguons à l’aveugle enchaînant les surfs à plus de 15 noeuds. Le paquet de tête maîtrise l’exercice à merveille et commence gentiment à se faire la malle. De notre côté, la navigation se durcit. Nous avons maintenant plus de 30 noeuds et après quelques heures de planning, le doute s’installe. 30 noeuds, je décide d’affaler le grand spi dans l’optique d’envoyer le petit. Je décide de temporiser parce que même sous solent ça va très vite et j’ai besoin de me caler un peu de repos. Je suis la première à affaler mais très vite, mes voisins vont suivre après s’être fait quelques frayeurs. Martin après quelques sorties de piste sera obligé de taper toute la drisse pour redresser son bateau après avoir cru démâter tellement il était sur la tranche ; Damien après avoir joué avec ses brins de laine et cru perdre une barre de flèche fera de même après une longue bataille… Suivrons Pierre et Arnaud qui lui arrive à allonger encore un peu. Chaque longueur en plus avec le spi crée de bons écarts.

Ce n’est que 3 heures plus tard il me semble que je renvoie le spi après que certains aient relevé 37 noeuds dans les rafales.

Le lendemain de cette nuit dantesque, on compte les points. Visiblement le paquet de tête n’a pas molli et a fortement creusé son écart. A la VHF on commence à se raconter nos diverses anecdotes de bord avec Pierre et Damien CLOAREC. Pierre QUIROGA remporte la palme en ayant (malheureusement, mais si cela nous a fait beaucoup rire) perdu son sac à sucreries (et à porte feuille…) qui était matossé à l’extérieur du bateau ! S’en suivent les descriptions des différentes bestioles que nous croisons au fur et à mesure de notre descente dans le sud ! La mer est chaude, le vent est chaud, c’est un vrai plaisir de naviguer dans ces conditions.

Le 1er septembre, nous enroulons la marque C en face de la côte sud du Portugal, virons à 90° pour faire route vers les Açores enfin. Nous progressons rapidement, l’orga depuis le début nous a ajouté deux points de passage pour éviter Gaston et les conditions difficiles liés au phénomène météo (houle très forte et rafales). Agrandissant le parcours de 1200 milles à 1556 milles nautiques. parcours1

Jonglant avec l’iridium et Adrena, nous tentons de charger des fichiers afin d’élaborer nos stratégies pour traverser la dorsale qui nous attend au plus court. La dorsale s’est en quelques sortes une extension anticyclonique dans laquelle le vent fait un virage de quasi 180° et tout cela dans une belle ambiance pétoleuse.

Côté matériel aussi nous comptons les points, l’ordi de Damien lui joue des tours, il galère à charger météo et classement. De mon côté, j’ai déjà perdu ma courroie principale et cela fait plusieurs jours que je suis obligée de charger très régulièrement mes batteries et pendant longtemps avec le petit alternateur. Par compte, ma connexion iridium fonctionne plutôt bien et me permet d’avoir mes météo, d’envoyer quelques petites nouvelles du bord…

Les 2 et 3 septembre, en même temps que nous abordons la dorsale, la longue houle de Gaston nous rejoint rendant la navigation et l’avancement un peu difficile. A 3 à 5 noeuds de vent au portant, la question se pose parfois d’enlever le spi et de faire du tout droit sous génois afin de mieux encaisser les dévents de chaque vague. Les positionnements yoyotent, le premier à partir un peu de notre paquet s’est Damien. Ensuite, prenant une option plus nord, nous le rattrapons avec Pierre. Plus tard ça sera Pierre qui s’envolera et engrangera quelques milles d’avance que nous n’arriverons pas à combler jusqu’à l’arrivée.

C’est aussi le moment que choisi ma seconde courroie pour me lâcher. Comme d’habitude je mets au point mort, je démarre le moteur, j’accélère pour faire charger mes batteries faibles et… rien ne se passe. J’ouvre le capot et je ne peux que constater que c’est la m… Je reprends mes rabans, mes bouts de différents diamètres, mes clefs de 13 et de 18 et s’est reparti pour un tour. Petit alternateur impossible de faire un brelage tendu. Les bouts que j’installe pour remplacer la courroie finissent tous par casser. Je m’attaque au gros alternateur. Je teste tout ce que j’ai sous la main : dyneema de 3, de 5, avec ou sans gaine, avec deux ou trois tours, raban North, raban Quantum… je finis même par coudre un raban que je tends en plus avec du dyneema, c’est plutôt pas mal… Ca marche 30 secondes, le raban se barre, le bout casse j’arrête les frais.

La navigation change alors de dimension. Nous sommes à 100 milles de la première île des Açores, et après il y en aura 200 pour atteindre Horta. 2 jours et demi de nav’.

Objectif = l’économie d’énergie. J’appelle mes voisins de course et les préviens que je disparaît des ondes. Plus de VHF, AIS, pilote, instruments, feux… Je m’installe en mode camping à côté du poste de barre (bouffe, toilettes, frontales, GPS carto à main, vélocitech pour le cap fond histoire de savoir vers où je vais ; et le stock de piles qui va avec).

p1080024Je m’installe à la barre, nous sommes au reeching, bâbord amure et cela durera jusqu’à la fin. J’hésite même à me sortir la minerve histoire de me soulager avec de me retrouver enraciner définitivement à la barre. Durant ses deux jours, je ne rallumerai l’électronique que toutes les 8 heures afin de faire des points positions et météo, et histoire de passer le bonjour à mes petits camarades de jeu. Un système d’élastique de barre me permet de lâcher de temps en temps la barre pour me dégourdir les jambes ! (merci Jacques SAUNEUF qui a été le premier à m’apprendre ce type de système ;))

A l’approche des Açores nous croisons quelques bons grains de pluie qui donnent des couleurs incroyables, le vent se maintient et forci même à la fin. Les milles au but diminuent. La dernière nuit me parait interminable, n’ayant plus de musique je chante à tue tête de temps en temps pour me maintenir réveillée et garder conscience de ma présence à bord ! De temps en temps les dauphins viennent me tenir compagnie et je garde le visuel sur Arnaud qui est à ma poursuite à trois milles derrière.

Le 05 septembre à 05H29, je pose un pied hésitant à terre après 8 jours de navigation, 15 heures et 29 secondes. Mission accomplie. Il fait nuit, je ne sais toujours pas à quoi ressemble les Açores, mais c’est une immense satisfaction que d’être arrivée. L’accueil par l’équipe portugaise est au top, je suis prise en charge dès mon passage de la ligne d’arrivée. Brice est là également pour m’aider à atterrir en douceur à quai. Sur les pontons, je retrouve les têtes fatiguées et satisfaites de Pierre et Damien. Peu de temps temps après Arnaud nous rejoint.

Une étape incroyable se termine, nous en avons pris plein les yeux, je suis bien allé au bout de moi-même cette fois-ci. L’ambiance était géniale entre les coureurs, une solidarité naturelle s’est mise en place sur l’eau dès le départ afin d’aider chacun à résoudre les différents problèmes rencontrés et de s’assurer que le plus grand nombre de bateaux finiraient cette traversée dans les meilleures conditions possible.

14238090_708543629299093_8443799555788380596_nUne grosse pensée pour Tanguy qui après une semaine de préparation de fou a fini par abandonner après avoir déchirer en large et en travers son génois. De même pour Aymeric qui s’est dérouté vers Port-La-Foret. Et enfin, tout le monde était de nouveau sur les pontons hier soir à 22 heures pour accueillir Justine et Guillaume. Juju avait perdu son étai et fait demi tour dans le golfe. Elle a réparé et a repris la mer dans la foulée avec son préparateur en mode convoyage afin d’être au départ du retour vers Douarnenez. Cette ténacité impose le respect. Nous serons donc 15 Figaro au départ du retour.14258253_1579183995717898_8277499705320327468_o

Depuis 2 jours, outre la récupération, nous avons commencé à remettre de l’ordre dans les bateaux afin qu’ils soient d’attaque pour repartir dans l’autre sens. Et après le travail le réconfort, l’orga nous à prévu aujourd’hui une visite de l’île en bus ! petit reportage photo à suivre qui devrait vous donner envie de poser le pied sur cette terre volcanique au milieu de nulle part.

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