Quand la nuit tombe, les bateaux volent…

11H00 – Jeudi 1er Juin 2017 – Salle de briefing – Place de la bourse – Bordeaux

Première intervention de Mr Météo Consult, « une dépression creuse et active va vous passer dessus lundi ; avec des vents moyens de plus de 35 noeuds voire des rafales à 45-50 noeuds et des vagues de plus de 4-5 mètres ».

23H00 – Jeudi 1er Juin 2017 – Dans mon lit – Avenue des Fauvettes – Mérignac

Mise à jour des fichiers météo, la dép’ est bien présente, les fichiers annoncent jusqu’à 36 noeuds, elle passe vite, un vrai schéma classique avec front chaud et petite pluie, renforcement du vent, front froid très actif avec fortes pluies et rafales derrière, grosse rotation du vent à droite à aller chercher.

10H30 – Dimanche 04 Juin 2017 – Maison du Tourisme et du Vin – Pauillac

Dernier briefing, le parcours est plus court mais la situation météo reste la même. La DC insiste sur la sécurité et les veilles VHF, le météorologue reparle de 50 noeuds (je souris sous cape, il y va fort quand même!), le Président de la FFV en personne nous souhaite une bonne course. Ambiance faussement détendue.

12H30 – Même jour – Port de Pauillac

On quitte les quais tranquillou, il fait beau temps belle mer, il manque même le vent. Ce fameux vent que l’on va regretter un jour plus tard !

14H30 – Sur l’eau devant Pauillac – Départ retardé

Trop de courant et pas assez de vent, les plombages d’arbre d’hélice sont retardés pour permettre aux coureurs de ne pas se faire aspirer vers Bordeaux 😉

En attendant on s’occupe comme on peut, dernier préparatifs, on discute, on se fait un café, on check les appendices… on range pour la énième fois le matos…

Départ 1 : c’est le côté droite à la vie à la mort, je me dis que les gars sont trop loin et pourront pas fermer au comité (illogique puisque c’est de la droite), et je me convaincs toute seule que le courant les éloigne de la ligne. Aussi je me le prépare en mode je fonce dans le tas, je m’écarte à droite du comité, je prends de l’élan au travers et au vent de tout le monde et… Bah ça le fait pas, je vire parce qu’il n’y a pas de place, un peu de contrôle pour éviter d’éclater le safran au vent sur la vedette du comité de course, rappel général OUF !

Départ 2 : on arrête les bêtises, on ajuste la prise de risque. Je me place plus tôt, l’idée est de ne surtout pas se coller à qui que ce soit. Cette fois ci les gars sont vraiment loin sous la ligne, je reste au-dessus pour pouvoir cramer du temps sans gêner personne, je veux la gauche, je pars au milieu pour pouvoir continuer en tribord, ça part, je suis au top, ça vire vite car la gauche rentre, je suis un peu en retrait de Champion (Alexis LOISON), les normands représentent ! Objectif 1 « Faire un bon départ«  – CHECK. (pour voir les images de l’hélico clliquez sur le lien ! )

Fin d’après-midi – Sortie de l’estuaire – louvoyage

Et c’est parti pour taper les bords de la rive gauche de l’estuaire, toujours en recherche des effets du vent, mes manoeuvres ne se ressemblent pas toutes, manque d’entraînement.

Objectif 2 : « S’écarter des autres pour aller vite, et virer selon les bascules de vent » – CHECK, Cette stratégie paye, là on je perdais au début, je commence gentiment à grapiller de nouveau des places. Juste à la sortie pour autant je suis obligée de me recaler alors que j’aurais pu sortir en direct à cause d’une mauvaise gestion d’un croisement. Tant pis.

Chenal Sud Cordouan vers BXA – Vent 15/11 noeuds – Houle – Tombée de la 1ère nuit

Mes premières options ne sont pas assez marquées. J’avance de façon correcte, nous sommes au près, dans ma tête je dois protéger la droite. Justine croise devant et va se caler bien au-dessus à droite, de mon côté j’y vais aussi mais de façon plus modérée. Dommage, au final il semblerait qu’il y avait plus de vent et ce groupe de bateau recolle fort devant au niveau des dix premiers, NEXT. J’enroule, j’envoie le spi et c’est parti pour un bord dans des belles conditions au portant.

BXA vers Arcachon

Ca glisse, il faut se reposer impérativement, j’arrive réellement à m’endormir deux trois fois sur 4-5 créneaux de 15/20 minutes. L’idée c’est de se concentrer sur la bataille suivante. Dans ma tête tout est clair, on enroule, il faudra patienter un peu pour le spi, par contre quand je l’envoie il faut que tous mes réglages soient calés pour la baston (mât, safrans, matos…) que le solent soit prêt dès que le génois tombe et le bateau rangé.

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Le vent faible au début me fait un peu peur, les gens au vent vont plus vite, je ne me sens pas très à l’aise dans cette position, mais je m’empêche de virer parce que ça doit adonner et devenir du coup plus favorable pour moi par en-dessous. Certains nous éclatent fort au vent mais tant pis, je patiente. Enfin le vent forcit de nouveau, commence à prendre de la gauche, les premiers pépins montent. Tout se passe comme prévu, j’envoie le spi, j’affale le génois, je change avec le solent que j’envoie aussitôt car notre route est un peu plus serrée que le vent arrière. C’est parti pour la grosse portion de pilotage de la régate. Le vrai gros kiffe. J’aurais aimé filmer mais l’électronique à de nouveau « buggé » avec la télécommande, j’ai arrêté de l’utiliser tout court et j’avais une confiance limitée dans le système. J’ai donc limité également les visites à l’intérieur du bateau. Autre problématique du coup : je n’ai pas d’écran extérieur, difficile pour moi de suivre l’évolution de la flotte en direct. J’ai noté ça dans ma liste de « quand j’aurais le même budget que mes petits camarades 😉 »

Cette séquence dure longtemps et j’en profite à fond, je la prends exactement comme la traversée entre Douarnenez et Horta : grand spi GV au début, à 25 noeuds je mets un ris dans la GV, à 30-35 quand je sens que le bateau n’accélère plus voire marsouine un peu, je descends le grand spi pour le petit. Ca c’était le plan…

Sauf que là nous sommes plus nombreux, nous nous rapprochons vite du plateau de Rochebonne, avec un peu de chance on va pouvoir tenir le grand spi jusqu’au bout… ERREUR! Ca marche pour les premiers mais pas pour moi. Le front chaud arrive, petite pluie, la mer se forme, le vent monte. Avec le ris le bateau est cool à piloter. Je surveille de temps en temps derrière pour voire si les spis sont toujours en l’air. Je vois que j’ai recollé Damien GUILLOU qui m’avais éclaté sur la portion précédente, j’en conclue que mon bord sous spi s’est bien passé et c’est tant mieux.

ZE rafale arrive, je ne sais plus exactement si j’entame une figure, mais vu comment le bateau pousse de l’eau c’est le moment pour tomber le spi. Je percute l’écoute que j’ai sous la main, dans la foulée les deux bras (safety first), le spi vole devant, j’enlève le noeud de retenue de l’écoute et je récupère le spi au vent sur le pont tranquille… mais éclaté. Pourquoi ? comment ? Je ne saurais jamais. Soit il a éclaté dans la pression, soit il est venu s’accrocher sur une aspérité du mât, soit c’est un des mousquetons qui a claqué dedans. Bref, la conclusion est la même : inutilisable jusqu’à la fin, et pas réparable si je n’arrive pas à le faire sécher. GROS DILEMME.

Il reste une heure au portant, la dépression est là mais c’est encore spiable, est-ce que je renvoie le petit au risque de l’éclater aussi et de plus en avoir pour l’arrivée sachant que le vent peut bien devenir foireux là-bas ? Je pèse le pour et le contre pendant dix minutes, je vois mes petits copains revenir pleine balle de l’arrière dont Arthur PRATT et Damien, euh passent, les autres commencent à faire des figures de style autour… Légèrement frustrée, je me dis que la suite sera déterminante, je reste sage. Et puis physiquement, j’en ai pris un coup, après des heures de barre et de concentration, ça me fait du bien de pouvoir lâcher un peu avant ce très très long bord de près où on va se faire éclater vers les côtes espagnoles.

Arcachon – Gijon – Vent 35 en moyenne, rafale max relevée chez moi 44 noeuds (j’ai du fermer les yeux quand y avais + ;), Mer croisée et dégommée, pluie de la bruine aux trombes d’eau ou tu vois pas la vague suivante devant… : si l’enfer existe il doit ressembler à ça… heureusement il fait nuit !

Il fait encore tout juste jour quand j’enroule la bouée. Pas très entraînée sous solent, je checke derrière le bateau de Arnaud qui va vite, je change mes réglages, le bateau redémarre et c’est parti pour la traversée de dépression classique.

Une main sur la barre, une main pour moi sur le chandelier, mode pilotage bourrin : « Aller vite » mes yeux jonglent sur trois cadran : vitesse du bateau, angle du vent réel, force du vent. Avec le linchage continuel de la pluie et des vagues plus quelques balayages de pont, difficile de garder le fil mais je garde en tête que plus j’avance vite vers l’ouest, plus ça va passer vite.

On touche une première fois les 45 en quelques rafales, quand ça revient à 35 noeuds, tu pleures presque de plaisir et paf, le front froid arrive, ça reprend de plus belle avec des trombes d’eau, c’est dantesque. Tu pries pour que tout tienne, mais en même temps mon esprit divague un peu et c’est la foire aux questions : « et si le mât pète, qu’il se retrouve à raguer sur la coque et à la défoncer avant que j’ai le temps de tout couper?? Ok, dans ce cas, c’est radeau. Le radeau, faut que je pense à prendre un couteau. TPS : vaut-il mieux garder la sèche de régate ou mettre la TPS? Sous la TPS, je garde des sous couches ou pas ?? ». Je repousse tout ça, je me reconcentre, leitmotiv : « vitesse, vitesse, vitesse, c’est QUE du pilotage »

Et a priori ça marche, je vais vite, je laisse passer les 45 noeuds, j’attends patiemment la bascule de vent. Enfin elle arrive, je lance le virement, du tribord enfin, j’avais le bras pour moi qui commençait à faiblir !

La même sur l’autre bord… Finalement les rafales s’estompent, le vent reste tout de même établi fort, le jour fini par se lever, le pire est passé.

Les hallus commencent à affluer gentiment, je vois des trucs et des gens sur le pont, je tiens dix conversations très sérieuses à l’heure dans ma petite tête embrumée, Ici tout va bien

Physiquement, toujours dans la même position à la barre, le dos est raide et la jambe d’appuie tremble de temps en temps ; les yeux sont éclatés par le sel, le soleil, la fatigue. Les rares déplacements sont hésitants et plutôt laborieux dans ses montagnes russes ; paradoxalement, je n’ai quasiment aucun bleu ou aucun gros coup.

Malgré tout ça, le bateau va bien, vers 25 noeuds, je me cale trois quatre séquences de repos mais impossible de dormir. Juste fermer les yeux et décrocher des écrans et des voiles c’est du pur bonheur !

Stratégiquement mon placement semble payer. Génial. Cependant la suite sera plus difficile à gérer.

Atterrissage à Gijon : 

Le vent molli et adonne, je repasse tôt sous génois. Je galère cependant à faire marcher le bateau, c’est là où mes réflexes dus au manque d’entraînement coûtent le plus… Vincent BIARNES me double comme une fleur, Tanguy Le Turquais vient me narguer, je m’accroche, mais je galère à rester bien concentrée et chaque variation de vent me coûte des mètres.

Au final, de nuit, dans la baie, 5 noeuds de vent… il y a une étrave qui glisse derrière moi, qui se rapproche petit à petit… au début je crois que c’est Arthur, raté, c’est Jérém’, Charal.

Bon, ça me motive, il faut lutter : la houle nous pousse, nous empêche de faire du près serré parce que les surfs déventent le génois. Première tentative, Jérém’ loffe, je n’entends que le glissement et l’accélération de son bateau sur l’eau et le grincement des winchs quand il borde… Je loffe, j’accélère, le vent refuse OUF.

Bon, la deuxième par contre est la bonne. Je m’englue dans son dévent qui n’en fini pas, j’essaye de virer la trajectoire est cata, je retourne sur le bon bord, miraculeusement le vent adonne le temps de me permettre de finir, soulagement intense, je n’y passerais pas la nuit !

Je coupe la ligne, les déplombeurs viennent à bord, constatent que j’ai rompu le plomb d’arbre d’hélice dans une mauvaise manoeuvre de charge de batterie.

Je finis 21ème, à 01h25 du premier auquel temps s’ajoute donc une pénalité de 25 minutes. Un poil frustrée de pas avoir conservé ma place de 19ème mais tant pis.

Pas grave, je suis super contente, cette nav’ était dingue et ultra variée.

Un grand bravo aux premiers, ils ont été magistraux ! Une grosse pensée pour ceux qui ont du abandonner et se dérouter, et un grand merci à l’orga pour nous avoir permis de mobiliser un camion et un chauffeur pour amener toutes les voiles à réparer à Santander !!

La suite dans quelques jours !

 

 

 

 

 

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