La dernière et la plus belle !

Etape 4 Concarneau – Dieppe

Tout en étant incertaine et instable, la tendance météo semblait assez claire le jour du départ. Nous allions pouvoir faire durer le plaisir avec 36 premières heures de course dans une belle pétole ce qui nous promettait une progression lente le long des côtes bretonnes. Enfin la sortie du chenal du Four nous permettrait de nous extraire de ce désert pour retrouver des vent plus favorables au large. Et tout cela pour finir dans un vent bien établi et arriver rapidement sur Dieppe.

Autant dire que le briefing a un peu duré et les précisions de Francis sur les possibilités d’adaptation du parcours ont rapidement levé des soupçons… Après quelques échanges tendus, Francis nous a finalement assuré qu’à partir du moment où les prévisions permettaient de finir à peu près dans les temps il n’y aurait pas de modification sur l’eau. Point final, nous quittons la salle pour faire route au bateau et quitter une dernière fois le port de Concarneau.19221710_10156321816692729_7806079592408088868_o

Arrivée sur le bateau, et alors que mes concurrents quittent doucement le ponton, il me reste deux travaux à réaliser avec d’être enfin en configuration course : mettre la girouette et échanger le diabolo du stick. Je ne remercie qu’à moitié Ulysse qui a failli me faire descendre le mât en express 😉 , mais un grand merci à Ronan qui a changé ce diabolo en dix minutes chrono et avec un certain acharnement sur les pièces récalcitrantes.

Sur ce, je reprends mes esprits direction la baie de port la forêt pour le départ.

Le vent peine à rentrer, nous nous contenterons de quelques bouffes pour lancer un premier départ légèrement poussif… les skippers ont déjà les crocs et cela donnera un beau rappel général.

Ca relance, le second départ est le bon et est bien favorable à gauche au point que les premiers qui virent à la bouée passent largement devant la flotte en bâbord. De ce bon côté, je prends mon temps pour être dégagée avant de virer de bord. Jusqu’à la bouée de dégagement nous avançons encore à des vitesses raisonnables, mais plus nous nous approchons des Glénans et plus le vent faibli, faibli, faibli…  C’est parti pour une longue longue longue fin de journée. Attentif au moindre marquage de souffle sur l’eau, nous passons notre temps le nez au fond du bateau pour surveiller d’éventuelles algues dans la quille ou bien à virevolter de l’arrière bâbord à l’arrière tribord du bateau pour jouer de la canne à algues dans les safrans.

Sur ce même bord, les spis commencent à fleurir dans un vent erratique. Nous enroulons la jaune des Glénans avec un clin d’œil à Alexis Courcoux qui barbote dans l’eau. Certains affalent, moi je décide de garder le spi… cela annonçant la suite du programme. Au fur et à mesure les spis retombent, les génois se creusent et les bateaux… n’accélèrent pas. La flotte s’éclate légèrement, mais rien de dramatique, impossible de s’enfuir avec des vents aussi faibles.

La nuit tombe, le ballet des algues continue, au-dessus de 3 nœuds les spis montent, en-dessous ils redescendent, quant à la direction, elle s’avère relativement changeante.

La vraie bonne galère commence aux alentours de minuit 30… Une heure pour passer cap caval à moins d’un nœud de vitesse sur le fond, à vrai dire je ne suis pas très pressée car je vois que les autres grapinent devant. Je prépare mon mouillage sur le pont prête à faire de même une fois à l’abri du courant près des cailloux. Je n’en aurait pas l’occasion pour mon plus grand bonheur.cap caval

Etape 2, le passage de la pointe de Penmarch et plus précisément de la tourelle de Men-Hir. A ce moment-là je rejoins le bon paquet de cinq bateaux devant moi, Beyou lâche quelques injures pendant que je prends un coup de stress. Je passe proche de la tour, et derrière on entend gentiment la houle déferler sur les cailloux à fleur d’eau… ambiance…men hir

20 mètres plus loin, je me prends un casier dans les safrans, le bateau ralenti et s’oriente gentiment… vers ces mêmes cailloux. Je bondis à l’arrière avec le couteau, demande conseil à Xavier qui est à mon vent. Il me conseille la canne à algue, ça marche, ouf !! je reprends ma route à renfort de grands coups de barre et paf un second. Canne à algues, il se dégage, les cailloux sont là juste sous mon vent mais ça passe.

Dans le même temps Xavier s’en prend aussi mais fini par repartir également… Pilote, réglages, reprise de souffle. La nuit ne fait que commencer et il nous reste encore 24 heures de pétole. Je suis bien positionnée, j’avance pas mal, je bosse dure la nuit.

Au petit matin, je m’accorde ma première sieste, fatale. En mode vent apparent, deux paquets d’algues dans les safrans et la trajectoire du bateau devient catastrophique. Je me réveille avec une très belle perte sur mes concurrents (relative la perte).

Je reprends une route correcte et je bosse pour préparer la traversée du raz de sein jusqu’à la chaussée, les premiers luttent contre le courant, il y a moyen de jouer un bon coup. Ma trajectoire est plutôt bien et me permet de repasser ce bon paquet avec Jérémie, Tanguy, Damien Cloarec… Satisfaite, j’enroule la bouée direction Basse Royale au sud du chenal du Four. Le vent qui s’était un peu levé fini par retomber juste avant la bouée, je la passe au ralenti derrière Damien Guillou, direction les cailloux pour aller chercher la renverse de courant. Je suis dans le bon timing car ceux de derrière vont devoir lutter pour passer cette bouée. Je recolle un peu, j’envoie le spi une fois le courant portant un peu, trop tôt, j’affale. Je trouve un réglage de ouf qui me permet d’aller à Mac 12 et de retrouver le paquet de Juju, Antho, Nico Lulu, Gildas Mahé et j’en passe juste avant le phare du Four. Bien lancée je me faufile entre les bateaux sur mon erre et passe devant. Grosse satisfaction à la nuit tombante.

La route vers la grande basse de portsall n’est pas très agréable, dans une belle houle difficile de garder le bon cap quand le vent est limite insuffisant mais on se concentre et on avance doucement mais surement. Yann ELIES pousse un peu derrière puis Nico et Martin LEPAPE. Jenvoie mon spi juste devant ce dernier et je parviens à rester devant dans les deux gybe pour contourner la bouée.19388543_10156328594267729_6971704424063618623_o

Pendant la nuit, je glisse sous ce paquet, aux côtés de champion (Alexis Loison) et dans l’axe de Nico. Au matin les spis sont de nouveau rangés puis renvoyés. Le vent remolli ; tourne, on vire quand on pense que le vent a basculé… Le vent revient, les spis ressortent. Ca accélère, tout le groupe démarre vitesse grand V vers Wolfrock. Brume puis Brouillard, la nouveauté de la course. On ne voit pas à 15 mètres autour de bateau les concurrents disparaissent et le vent devient variable à changeant ; toujours présent mais il faut rester concentré. Je ressors du brouillard Wolfrock en vue, Nico Lulu au vent devant, Antho sous le vent, les 2 Damien légèrement au-dessus et derrière.19400468_10156333500797729_8283328840851781118_o

Les claques à 20 noeuds ne nous facilitent pas la tâche à Antho et moi pour passer le phare, GV en drapeau, pattaras bien pris et tout le matos au vent.19390588_10156334222502729_6018211946254458661_o

Enfin nous passons, nous empannons et c’est du portant un peu rapide… Vent plus stabilisé = la sieste enfin !!! Pendant longtemps ça yoyotte,un coup au vent, un coup sous le vent, les places changent légèrement mais tout le monde se tient à peu près.

Pour aborder Owers deux options se dessinent : le large, et aller chercher le courant à la Pointe Sainte Catherine de l’île de Wight. Comme devant il y a un peu d’écart et que je pense pouvoir bénéficier d’une rotation de vent en arrivant par le large, je parie sur la seconde option. Alors certes les angles sont très ouverts sur les deux bords à la sortie de l’île, mais ce sont ceux qui sont allés jouer le courant qui passent devant… Rrrr.19400537_10156339403347729_2822282115520119217_o

Ils ne sont pas si loin, il reste moins d’une journée avant d’arriver, Antho et Adrien sont juste de vant moi, je m’accroche à eux comme une sangsue.

Owers, Reeching tombée de la nuit. Je me cale tranquillement à l’arrière bâbord d’Antho, juste de quoi avoir l’étrave et les vagues à l’avant éclairées par son feu de mât. Je passe la nuit à barrer et régler. Il y aura sans doute du spi à la fin car le courant nous décalera au-dessus de la bouée. Je prépare tranquillement le grand spi devant, il y a alors une vingtaine de noeuds et l’ordi commence à hésiter entre spi et génois. Antho ralenti un peu, je passe dessous et devant. Je le vois quelques minutes plus tard aller bosser à l’avant, le moment de l’envoi approche. Il envoie, j’hésite un peu, le vent est encore fort et ça semble serré. Je lance mon moteur pour la dernière charge et j’envoie le grand.

C’est serré, le vent molli pas, c’est un peu la guerre. Nous sommes sous la route et il faut remonter… Bizarrement Antho y parvient mieux que moi et me distance. Je redouble d’efforts, je galère avec la tablette qui prend l’eau dehors. Je ne tiens plus j’affale. Bonne idée, je suis à 35 minutes de la bouée, sous la route, ce qui me laisse le temps de remonter, ranger le spi, le lainer et préparer l’envoi suivant. J’avale trois fourchettes de pâtes fraîches, un demi litre d’eau et au boulot.

Je me rend compte également que j’ai bien rattrapé le paquet de devant, Alexia passe de vant mais avec le spi donc plus pour longtemps, et Damien Cloarec et Alan sont juste derrière, trop de la balle.19237845_1387257711366811_5169043906024468670_o

A la bouée je suis contact avec Alan, au point qu’il a légèrement failli me rentrer dedans 🙂 on abat, on envoie direction la côte. Du vent il y en a, une belle houle croisée, il faut barrer pour surfer au maximum. Je choisi rapidement la côte pour deux raisons : moins de courant contre, et l’accélération du vent le long des falaises, et pour finir, la rotation du vent qui suivra la bifurcation de la côte. Grand bien m’en fasse, je m’éloigne de mes adversaires directs et j’en recolle d’autre. Le soleil se lève, le vent forci jusqu’à 26 noeuds et nous surfons, empannons, surfons le long des côtes. C’est beau, difficile. Je suis tendue, je passe mon temps à vérifier que les bateaux de derrière ne reviennent pas trop et j’essaye de créer du décalage par rapport à Benjamin DUTREUX qui est plus au large.

A roches d’ailly, Benj revient vers moi, je vois que ça risque d’être contact. Il me demande le temps d’un égarement si j’ai passé la bouée du bon côté ?… Je suis bâbord je dois l’éviter. Je veux absolument reprendre la droite et le tribord, je me mets léger en rideau pour passer derrière lui et c’est parti pour les deux derniers bords. J’empanne plus loin de manière à être bien rapide pour finir tribord sur la ligne. Ca marche, je coupe 8 secondes devant lui avec la rage et soulagée de pouvoir enfin souffler.

On se bat avec la houle et le courant pour rentrer dans le port sans moteur ; l’équipe mer nous déplombe et enfin nous pouvons nous amarrer tranquillement et savourer notre bière… Il est 9 heures du mat’… Drôle de tradition !19243277_10156345491632729_3373974245301045079_o

Autour de moi les visages sont tirés mais on sent la satisfaction d’être allé au bout, d’avoir tout donné surtout sur celle-là. Un bon steack-frite et au lit. Place au repos puis aux festivités !

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