Chronique d’une course pas comme les autres

Le Havre ALLMER CUP 2018

Course 1 : grande course au large de 401 milles nautiques

parcours au large

Coefficient 3 – pas le temps de prendre sa respiration, on saute dans le grand bain tout de suite pour mon plus grand plaisir !

Après une préparation sur les chapeaux de roue avec peu de navigations, beaucoup de recherche de partenaires, un début de saison au club de voile où je travaille et c’est enfin là, deux journées consacrées à la mise en conformité du bateau et à la préparation de la course et nous y voilà.

Dimanche 16h00 sur la ligne de départ ; entourée d’excellents marins pour trois jours de navigation intenses, brumeux, dans le courant avec des trajectoires improbables, des frayeurs, peu de sommeil et du travail encore et encore pour pallier mon manque de préparation.

1- Le départ : extraction de la Baie de Seine vers le Cotentin

Le plan était très clair : ligne favorable au viseur, du courant qui nous approche dangereusement de la ligne, je veux partir première à gauche pour avoir la liberté d’allonger et d’accélérer et être la première à tirer des bords le long du chenal du Havre.

Jusqu’à la dernière minute je suis dans le match, en position, je crame du temps pour ne pas griller la ligne et un zigzag de trop… je pars trop en retrait, je suis obligée de virer pour couper la ligne, je traverse la flotte sans trop de problème mais je perds le côté du chenal. J’essaye d’exploiter la moindre risée à droite malheureusement cela ne suffit pas. La flotte s’étire doucement par devant. Le vent mollit, puis revient surtout autour, et je relance gentiment vers le Cotentin avec un seul objectif recoller recoller recoller.

2-Passage des raz vers Guernesey

La nuit tombe, le vent monte, nous sommes au près, nous atterrissons à Barfleur dans un brouillard dense juste avant la renverse de courant portant et nous tirons quelques bord au ras des cailloux dans une ambiance fantomatique. Le courant s’enclenche dans le bon sens au niveau de la rade de Cherbourg et nous enquillons rapidement vers Blanchard.

Au petit matin, une approche comme dans les livres me permet de gagner 3 places devant le phare de la Hague et une sortie du raz pas comme dans les livres m’en fait reperdre deux.

Premier enseignement attention à l’aspiration puissante de ses courants que je connais pourtant bien.

Nous poursuivons notre route au galop vers Guernesey et Herm que nous devons contourner avant de nous lancer dans la traversée de la Manche vers les côtes anglaises.

Les courants sont toujours aussi puissants et impressionnants notamment proche du phare des Hanois (Sud Ouest de Guernesey) où la mer turquoise est parsemée de marmites marrons et où les vagues mal rangées nous font faire du saute mouton plus ou moins maîtrisé.

3- Une traversée de la Manche classique

Sur la traversée pas de grosse surprise, les plus subtils dessinent des trajectoires fines et arrondies pour contrer les effets du courant ; d’autres lâchent la bride et accélèrent de manière incroyable, moi je me cantonne à la barre et je cherche LE bon réglage pour rester à niveau de mes adversaires les plus proches. J’arrive enfin aussi à caler un minimum de sommeil avant de prendre du vent plus fort à la côté et d’envoyer un spi pour longer les côtes anglaises avant de finir le parcours dans un vent faible.

4- Problème mécanique – pénalité – une seconde nuit difficile

Seconde charge de la course, les feux de mon bateau s’éteignent, la luminosité des écrans me lâche, l’AIS suit, je décide de charger rapidement, ma poignée moteur fait des siennes, je démarre… embrayé… le scellé de l’arbre d’hélice casse et je connais la sentence. 5 points supplémentaires à mon classement à l’arrivée de l’étape. C’est un vrai cou dur. Je suis les conseils de mes adversaires, je plonge plusieurs fois dans le bateau pour vérifier que rien n’est endommagé, je mettre les câble derrière la poignée, je suis épuisée mais le moteur charge enfin et s’est un énorme soulagement. La course continue.

5- Tests stratégiques – traversée retour – pétole, pétole, pétole…

Toujours avec les mêmes copains à mes côtés, au petit matin je décide de lancer un test grandeur nature, les premiers filent à la côté pour s’abriter des courants contraires et profiter de la renverse plus tôt, je décide de rester au large peut-être avec plus de pression pour voir si ça passe… Ca passe pas mais j’en retire mon second ensiegnement pour la Solitaire !

Toujours dans les bancs de brume (j’aurais aperçu les côtes anglaises pourtant si belles seulement deux fois) nous arrivons à la bouée des Needles (pointe mythique à l’ouest de l’île de Wight) qui marque le retour vers Antifer puis le Havre. Au coude à coude avec Calliste Antoine (jeune bizuth normand qui en veut!), nous nous élançons sur deux trajectoires différentes direction nos chères falaises. Si nous avalons les milles sur le début de la traversée, nous nous engluons doucement dans une belle pétole si proches du but et pourtant si loin…

6- La technique du crabe

Avant le point de passage d’Antifer, le vent mollit inexorablement jusqu’à osciller entre 0.5 et 4 noeuds durant des heures et des heures. Là où généralement nous mettons 1 à 3 heures pour parcourir cette distance, cette fois le scénario nous joue des tours. Plus on se rapproche plus le temps à la bouée stagne, 12 milles 3 heures, 10 milles 3 heures encore, 8 milles toujours 3 heures, c’est à pleurer. Plus un bruit sur le pont si ce n’est le pilote qui cafouille quand je vais checker la carto dans le bateau, où celui des voiles qui se promènent au gré des vagues sur le pont. Je me parle pour faire des déplacements tout en douceur pour ne pas perturber la faible mais néanmoins existante vitesse du bateau (si si, environ 0.8 à 2.5 noeuds mais pas toujours dans la bonne direction) ; je demande au pilote d’arrêter de faire du bruit parce que ça perturbe ma concentration pour comprendre d’où vient le vent et calculer mon atterrissage sur la bouée avec un courant traversier de 2 noeuds. Je n’ai plus qu’une idée en tête, tout donner jusqu’à A5, cette bouée où le comité fait un pointage officiel au cas où les conditions ne nous permettent pas de naviguer jusqu’au Havre. Je veux passer cette bouée devant Calliste et Cécile qui avaient tous les deux traversé la Manche plus à l’ouest que moi. Spi, génois, parfois sous GV seule il faut garder la bonne garde robe en fonction de la direction et de la force des souffles qui nous accompagnent péniblement. Cécile dépasse malheureusement le bateau de pointage, Calliste revient de derrière mais au prix d’efforts de concentration intenses je garde le cap et passe cette bouée au ralenti presque en fermant les yeux. Il fait nuit, j’ai rempli mon objectif, j’ai envie de courir et de sauter partout et toute la pression retombe en masse.

7- Pétole un jour pétole toujours…

A5 est passée mais la course continue, les premiers concurrents ont réussi à atteindre la ligne d’arrivée au petit matin menés par Alexis LOISON qui signe au passage encore une très belle course menée quasiment du début à la fin avec un calme et une maîtrise impressionnante. Pour ce qui est de notre paquet, c’est beaucoup moins reluisant, le ciel est bouché et les quelques nuages qui amenaient des risées aléatoires ont disparu. Il fait jour, il est 11h, cela fait maintenant 12 heures que nous expérimentons la navigation dans la pétole sans aucune certitude quand à notre heure d’arrivée et rien dans le ciel qui marque la moindre entrée d’air.

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Avec deux bateaux derrière moi et mes 5 points de pénalités, je me rends à l’évidence. Il n’y a plus rien à jouer, j’ai donné mon maximum, il faut penser à la suite. Je décide d’abandonner pour pouvoir me reposer, faire intervenir un mécanicien et me donner un maximum de chances de faire de belles choses sur les deux derniers jours de course vendredi et samedi.

Un grand merci aux copains pour l’accueil à l’arrivée, vous m’avez fait oublier rapidement cette décision difficile !

Rdv demain matin pour deux parcours techniques en baie du Havre en pleine forme 😉

 

 

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